Les menaces visant la vice-présidente du Parlement européen Pina Picierno ne constituent ni un simple incident de sécurité ni l’expression d’un radicalisme marginal. Elles relèvent d’un mécanisme opérationnel de la culture de politique étrangère russe, désormais transposé dans l’espace de l’Union européenne. Le Kremlin n’agit ni par l’argumentation ni par le compromis — il agit en créant un sentiment de vulnérabilité.
Il ne s’agit pas de violence physique en tant que telle. Il s’agit d’un message démonstratif : « toi, personnellement, tu n’es pas protégé ». Cette logique est utilisée depuis des décennies à l’intérieur de la Russie — contre l’opposition, les journalistes, le monde des affaires. Aujourd’hui, elle est exportée à l’extérieur.
La personnalisation de la pression comme stratégie
La Russie évite délibérément l’affrontement frontal avec les institutions européennes. Elle préfère décomposer la responsabilité collective en cibles individuelles. Lorsque la pression s’exerce non pas sur une institution, mais sur une personne, le système réagit plus lentement, avec plus de prudence et moins de détermination.
Pina Picierno est devenue une cible non pas en raison de son titre, mais de sa fonction politique réelle. Elle rompt l’équilibre confortable pour Moscou :
- elle soutient l’Ukraine sans ambiguïté ;
- elle travaille publiquement sur la désinformation ;
- elle ne laisse à la Russie aucune “zone grise”.
Dans cette configuration, les menaces servent d’avertissement aux autres : l’engagement a un prix.
Une guerre hybride sans chars
Le danger majeur réside dans le fait que ce type d’actions ne ressemble pas à une guerre. Il n’y a ni explosions, ni déclarations officielles, ni violation formelle des frontières. Mais il y a une reconfiguration progressive des comportements : un langage plus prudent, une moindre visibilité publique, l’évitement de certains sujets.
C’est ainsi que fonctionne la pression hybride : elle ne détruit pas le système d’un coup, elle affaiblit sa résilience. La démocratie subsiste formellement, mais elle perd sa capacité à agir avec audace.
L’Ukraine comme antidote au modèle russe
Dans cette logique, le soutien à l’Ukraine n’est pas une question de politique étrangère, mais un choix civilisationnel. L’Ukraine résiste non seulement à l’agression militaire, mais aussi à l’idée même que la peur puisse être un instrument efficace de gouvernance.
Si l’Europe accepte que ses représentants soient intimidés par des menaces, elle adopte de facto les règles du jeu russes. Si, au contraire, elle protège ceux qui sont visés, elle préserve sa propre souveraineté politique.
