La Russie revient une fois de plus à la rhétorique d’une grande guerre avec l’Europe. Cette fois, le prétexte réside dans les déclarations de dirigeants européens et du secrétaire général de l’OTAN, Mark Rutte, que le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a présentées comme une prétendue préparation directe à un affrontement militaire avec Moscou.
Toute défense européenne présentée comme une menace
Du point de vue du Kremlin, tout renforcement des capacités de défense européennes est interprété comme une preuve d’« intentions hostiles ». Lavrov a cité toute une liste de responsables occidentaux — d’Ursula von der Leyen à Emmanuel Macron — en présentant leurs propos publics comme des indices d’une guerre inévitable contre la Russie. De telles déclarations ressemblent toutefois moins à des avertissements qu’à une tentative d’imposer une lecture alternative de la réalité.
La forteresse assiégée : un récit pour l’opinion intérieure
Sur fond de guerre prolongée contre l’Ukraine, la diplomatie russe exploite de plus en plus l’image d’une « forteresse assiégée ». Le Kremlin cherche à convaincre son opinion publique que la Russie ne mène pas une guerre d’agression, mais qu’elle ne ferait que répondre à une menace occidentale supposée et de longue date. C’est dans cette logique que Lavrov évoque à nouveau les prétendues « causes profondes du conflit », que Moscou attribue délibérément aux pays occidentaux.
Défense contre agression : la réalité déformée
En réalité, les déclarations des dirigeants européens portent avant tout sur la défense, et non sur l’attaque. L’OTAN renforce ses capacités en réaction aux actions de la Russie : l’invasion à grande échelle de l’Ukraine, les frappes contre les infrastructures civiles et les violations systématiques du droit international. Mais dans la lecture du Kremlin, même les mesures de dissuasion sont présentées comme une préparation à la guerre.
Une rhétorique aux objectifs multiples
Ce discours remplit plusieurs fonctions simultanées.
Premièrement, il justifie la poursuite de la guerre contre l’Ukraine.
Deuxièmement, il permet de maintenir un haut niveau de mobilisation interne.
Enfin, il crée l’image d’un ennemi extérieur, utile pour expliquer les difficultés économiques et l’isolement international de la Russie.
Inverser les rôles : une stratégie assumée
En pratique, la Russie crée elle-même le climat de tension dont elle accuse ensuite l’Occident. Et plus les déclarations sur une « guerre inévitable avec l’OTAN » se multiplient, plus une chose devient évidente : le Kremlin cherche à transférer la responsabilité de sa propre agression, en inversant causes et conséquences.
