La mairie de Paris prévoit d’ajouter sur le premier étage de la tour Eiffel les noms de 72 femmes scientifiques afin de corriger le déséquilibre de genre historique dans la décoration du monument.
L’information a été relayée par Le Monde et Rivieraradio.
Historiquement, la frise du premier étage, conçue par l’ingénieur Gustave Eiffel en 1889, comportait les noms de 72 hommes de sciences ayant « fait rayonner la France de 1789 à leur époque ». Aucune femme n’y figurait : même Sophie Germain, lauréate en 1815 d’un prix prestigieux de l’Académie française des sciences pour les mathématiques, était absente de la liste.
Corriger l’effet Matilda
La nouvelle liste, déjà transmise au maire de Paris par la commission, couvre près de trois siècles de réalisations scientifiques, allant d’Angélique du Coudray, sage-femme novatrice du XVIIIᵉ siècle, à Yvonne Choquet-Bruhat, chercheuse sur les ondes gravitationnelles décédée en 2025. Parmi les noms connus figurent Marie Curie, Sophie Germain, Alice Recoque, entre autres.
La mairie souligne que l’initiative vise à lutter contre le « Matilda Effect », soit la sous-estimation historique des contributions des femmes en science. Elle pourrait également encourager les jeunes filles à s’orienter vers les sciences exactes, où les disciplines comme les mathématiques et l’ingénierie restent moins attractives.
Modalités du projet
Les noms seront gravés en lettres dorées sur le premier étage, à côté des noms masculins, dans une typographie similaire afin de préserver l’harmonie historique. La réalisation technique est complexe : certaines lettres atteindront jusqu’à 60 cm de hauteur, et le gravage nécessitera l’expertise de restaurateurs et de métalliers qualifiés.
La commission comprend des représentants du monde scientifique et culturel : Isabelle Voglen, vice-présidente de l’association Femmes & Sciences, et Jean-François Martens, directeur de la société gestionnaire de la tour Eiffel. Pour établir la liste, les experts se sont également concertés avec des instituts de recherche et des académies afin de reconnaître correctement chaque contribution féminine.
Le projet reste soumis à l’approbation finale des académies françaises des sciences, des technologies et de la médecine. La mise à jour de la frise avec les noms féminins devrait être achevée d’ici 2027.
Selon Pierre-Antoine Gauthier, architecte en chef des monuments historiques, « l’alliance entre rigueur historique et renforcement contemporain de l’égalité de genre rend le projet complexe mais symboliquement essentiel : il enrichit le monument tout en réécrivant l’histoire de la science à travers le regard actuel ».
