L’Europe accuse un déficit d’environ 800 milliards d’euros par an pour combler son retard par rapport aux États-Unis dans les investissements liés à la sécurité et aux technologies. C’est ce qu’a déclaré le ministre français chargé de l’Europe, Benjamin Haddad, lors d’un panel de la Conférence de Munich sur la sécurité.
Selon Benjamin Haddad, malgré le rôle central de l’OTAN, l’Europe doit accroître ses investissements à l’échelle supranationale. Il a souligné la fragmentation du secteur de la défense, la duplication des programmes et la dépendance structurelle vis-à-vis de fournisseurs extérieurs.
L’initiative de défense SAFE nécessite, selon Paris, un élargissement substantiel de son financement. La France propose un mécanisme d’emprunts communs : la Commission européenne lèverait des fonds sur les marchés financiers afin d’accorder ensuite des prêts avantageux aux États membres.
« Il nous manque environ 800 milliards d’euros par an, selon le rapport Draghi, si nous voulons rattraper les États-Unis », a indiqué le ministre. L’objectif est d’associer financements publics et privés, les ressources publiques jouant un rôle de catalyseur pour les investissements privés.
Le précédent des euro-obligations
Le ministre a rappelé qu’un mécanisme similaire avait déjà été utilisé pour soutenir l’Ukraine : un prêt de 90 milliards d’euros avait été mobilisé via l’émission d’euro-obligations garanties par l’UE. Selon lui, cet instrument s’avère économiquement pertinent et moins coûteux que des emprunts nationaux fragmentés.
Préférences européennes et autonomie stratégique
Benjamin Haddad a également insisté sur la nécessité d’introduire des préférences européennes sur le marché des équipements de défense. Il a mis en question la logique d’une hausse des budgets militaires nationaux si ces dépenses profitent principalement à des producteurs hors UE.
Il a évoqué les pratiques de politique industrielle aux États-Unis, notamment le Buy America Act et l’Inflation Reduction Act, qui prévoient d’importantes subventions aux fabricants nationaux.
Une « coalition de volontaires »
Selon le ministre, le renforcement de la souveraineté européenne en matière de sécurité pourrait s’appuyer sur un format de « coalition de volontaires », associant des pays partageant les mêmes vues et pouvant inclure des partenaires extérieurs à l’UE, tels que le Royaume-Uni, la Norvège et le Canada. Une approche comparable avait été adoptée lors de la formation de coalitions soutenant les garanties de sécurité pour l’Ukraine.
La proposition française d’élargir SAFE par le biais d’emprunts communs européens reflète une volonté de renforcer structurellement la capacité de défense de l’UE. La question centrale demeure celle de la disposition des États membres à accepter une intégration financière plus poussée afin de réduire l’écart stratégique avec les États-Unis dans les domaines de la sécurité et des technologies.
