En France, une vive controverse s’est ouverte autour de la proposition de Jean-Luc Mélenchon d’effacer une partie de la dette publique. Le candidat de la gauche radicale, qui avait auparavant entretenu des liens étroits avec Moscou, appelle, dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027, la Banque centrale européenne à geler de fait une partie des obligations des États, notamment celles accumulées après la pandémie de Covid-19.
Cette initiative intervient alors que les finances publiques françaises s’imposent comme l’un des principaux sujets du débat politique à l’approche du prochain cycle budgétaire, rapporte France 24.
Mélenchon propose de commencer par la dette liée à la pandémie
La proposition de Jean-Luc Mélenchon repose sur l’idée qu’une part importante des titres de dette française se trouve dans le système des banques centrales. Selon lui, ces obligations pourraient être retirées du poids de la dette publique, sans pour autant constituer un défaut de paiement classique.
Le gouvernement adopte une position radicalement différente.
L’exécutif met en garde contre un renchérissement des emprunts
Le ministre de l’Économie Roland Lescure estime qu’une telle politique pourrait fragiliser la confiance des investisseurs envers l’État français. Selon lui, les créanciers pourraient exiger une prime de risque beaucoup plus élevée si Paris donnait le signal qu’il est prêt à modifier les règles de remboursement de sa dette.
La conséquence serait, selon le ministre, une hausse du coût des nouveaux emprunts, avec une augmentation des taux susceptible d’entraîner un choc financier.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu s’est également opposé à cette proposition, insistant sur l’importance de préserver la confiance dans la signature de l’État français. Cette question est d’autant plus sensible que la France devra mobiliser environ 310 milliards d’euros cette année.
Les taux français sont déjà sous pression
Le débat intervient dans un contexte défavorable sur le marché obligataire. Le rendement des obligations françaises à dix ans a dépassé 4,14 % en août, atteignant un niveau inédit depuis la crise financière de 2008. Il s’est ensuite établi autour de 4,11 %.
Pour le budget français, l’enjeu est direct : plus le refinancement de la dette coûte cher à l’État, plus une part importante des ressources publiques doit être consacrée au service des engagements déjà accumulés.
Le débat économique se heurte aux règles européennes
Au-delà de l’opposition politique, la proposition de Jean-Luc Mélenchon se heurte également à un obstacle juridique majeur. Les experts rappellent l’indépendance de la Banque centrale européenne ainsi que les dispositions des traités européens qui limitent les possibilités d’intervention politique dans ses décisions.
Dans le même temps, un groupe d’environ 50 économistes, dont plusieurs proches de la gauche, estime que ces contraintes relèvent avant tout de choix institutionnels et pourraient être révisées.
Même les partisans de cette idée reconnaissent toutefois que, sans l’accord de l’Eurosystème, la France ne peut pas imposer unilatéralement aux banques centrales d’accepter une annulation de dette.
La dette française dépasse désormais 3 500 milliards d’euros
Le problème au cœur de cette controverse politique atteint une ampleur difficile à ignorer. Selon l’Insee, à la fin du premier trimestre 2026, la dette publique française s’élevait à 3 536 milliards d’euros, en hausse de 75,6 milliards d’euros sur les trois premiers mois de l’année.
La dette représente désormais 117,5 % du PIB français.
Ce niveau transforme le débat sur la réduction de l’endettement en l’un des sujets potentiellement déterminants de la campagne présidentielle de 2027. Pour Mélenchon, cette situation justifie une remise en question radicale de la politique financière, tandis que le gouvernement, des experts financiers indépendants et ses adversaires politiques voient dans de telles propositions un risque de perte de confiance des investisseurs.
