En France, l’attention se porte de nouveau sur un phénomène qui reste depuis des années une cause invisible des inégalités économiques entre les femmes et les hommes. La maternité constitue encore souvent un tournant professionnel pour les femmes : après la naissance d’un enfant, le mode d’emploi évolue, la progression de carrière ralentit et, avec elle, les revenus futurs diminuent.
C’est précisément cet ensemble de conséquences que le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) désigne sous le terme de « pénalité maternelle ». Dans un nouveau rapport, l’organisme formule 45 propositions pour lutter contre ces inégalités, allant de l’éducation dès l’école à l’organisation du travail après la naissance d’un enfant, rapporte Le Parisien.
La trajectoire professionnelle se modifie avant même l’arrivée d’un enfant
Selon le HCE, le problème commence bien avant le congé maternité. Dès l’enfance, les filles sont plus souvent orientées vers le soin, l’aide aux autres et les métiers sociaux, tandis que les garçons sont davantage encouragés à développer des compétences techniques, l’autonomie et le goût de la compétition.
Cette répartition influence progressivement les choix d’études et de métiers. Les femmes se retrouvent ainsi plus souvent dans des secteurs traditionnellement moins valorisés sur le plan économique, ce qui signifie que les conditions de départ pour la suite de leur carrière sont déjà différentes.
Après la naissance des enfants, l’écart peut encore se creuser. Ce sont les femmes qui réduisent le plus souvent leur activité professionnelle, passent à temps partiel ou interrompent leur carrière pour s’occuper de leur enfant.
Le temps partiel devient un facteur de long terme
Selon les données citées dans le rapport, les femmes représentent 77,5 % de l’ensemble des salariés travaillant à temps partiel en France. Le recours à ce mode d’emploi dépend non seulement des contraintes familiales, mais aussi de l’accès aux solutions de garde des jeunes enfants et des inégalités salariales déjà existantes.
Les conséquences s’accumulent progressivement. Une interruption d’activité ou une réduction du temps de travail signifie moins de possibilités d’obtenir une promotion, de suivre une formation professionnelle ou d’accéder à des postes à responsabilités. À terme, cela ne se répercute pas uniquement sur le salaire actuel, mais aussi sur l’indépendance financière et les futurs revenus de retraite.
Le HCE attire également l’attention sur ce qu’il appelle le « plafond maternel » : une situation dans laquelle une salariée est considérée comme moins mobile, moins disponible ou moins ambitieuse en raison de sa maternité, voire de la possibilité qu’elle puisse avoir des enfants.
La parentalité doit devenir une responsabilité partagée
L’une des principales conclusions du HCE est la nécessité de modifier la répartition des responsabilités parentales. L’organisme propose de sortir d’un modèle dans lequel c’est principalement la femme qui adapte sa carrière aux besoins de la famille.
Parmi les mesures proposées figurent une participation obligatoire du second parent à la prise en charge de l’enfant, la possibilité temporaire d’adapter les horaires de travail après le retour de la mère de son congé maternité, ainsi qu’un suivi à long terme de la trajectoire professionnelle des salariées après la naissance d’un enfant.
Il s’agirait notamment d’évaluer leur situation professionnelle trois et dix ans après le congé maternité. Une telle approche permettrait de déterminer si une interruption de courte durée ne se transforme pas en retard professionnel qui s’étend sur plusieurs années.
Le sujet pourrait s’imposer dans la campagne présidentielle
Le HCE prévoit d’intégrer ses propositions à un ensemble plus large de mesures consacrées à l’égalité entre les femmes et les hommes, qui doit être présenté d’ici à la fin de l’année. Ces questions devraient également s’inviter dans le débat politique à l’approche de l’élection présidentielle française de 2027.
Ainsi, la « pénalité maternelle » est de plus en plus considérée dans le débat français non comme un problème individuel propre à certaines familles, mais comme un facteur économique structurel. Ses conséquences dépassent largement la période du congé maternité : elles touchent l’emploi, les salaires, la progression professionnelle et le niveau d’autonomie économique des femmes.
