La Russie pourrait se préparer à renforcer massivement ses effectifs militaires après les élections législatives. Le président français Emmanuel Macron a évoqué ce scénario, estimant qu’une mobilisation d’environ 300 000 personnes était tout à fait plausible.
Selon le chef de l’État français, Paris observe plusieurs signes laissant penser que Moscou pourrait se préparer à prendre une telle décision. Emmanuel Macron a toutefois souligné qu’il était encore impossible de savoir avec certitude si le Kremlin annoncerait officiellement une nouvelle mobilisation.
Cette évaluation intervient alors que, dès la fin août, la Direction générale du renseignement ukrainien et le Service de renseignement extérieur ukrainien avaient affirmé que l’état-major russe préparait un scénario prévoyant la mobilisation de 300 000 personnes en 2026 et de 300 000 autres en 2027. Selon les services ukrainiens, ce besoin serait lié aux lourdes pertes de l’armée russe et au ralentissement du recrutement sous contrat.
L’armée russe perd des hommes plus vite qu’elle n’en recrute
Le rapport entre les pertes et les nouveaux recrutements constitue l’un des principaux éléments de cette équation.
Selon les services de renseignement ukrainiens, environ 240 000 militaires russes ont été perdus entre janvier et juillet 2026, tandis qu’environ 232 000 personnes ont rejoint les forces russes sous contrat au cours de la même période. La partie ukrainienne affirme qu’au moins 140 000 de ces pertes seraient irrécupérables.
Autrement dit, le système actuel de renouvellement des effectifs peine de plus en plus à compenser l’ampleur de la guerre. La Russie tente de répondre à ses besoins en personnel grâce à des primes élevées, au recrutement d’étrangers et à d’autres mécanismes, mais ces mesures pourraient ne plus suffire.
C’est dans ce contexte que l’hypothèse d’une nouvelle mobilisation revient régulièrement dans le débat.
Après les élections, une nouvelle fenêtre pourrait s’ouvrir pour le Kremlin
Avant même les élections législatives russes, les services de renseignement ukrainiens avaient identifié la période suivant le 18-20 septembre comme un moment possible pour lancer une nouvelle vague de mobilisation.
Les élections sont désormais terminées, mais aucune annonce officielle concernant une nouvelle mobilisation de grande ampleur n’a été faite. Cela ne signifie toutefois pas que le scénario a été abandonné.
Les autorités russes avaient déjà démenti les informations faisant état de préparatifs en ce sens. Le 1er septembre, Vladimir Poutine avait qualifié ces informations de « non-sens ».
La déclaration d’Emmanuel Macron crée donc un contraste entre deux lectures de la situation : le Kremlin nie préparer une nouvelle mobilisation, tandis que l’Ukraine et la France disent observer des signes pouvant indiquer une telle décision.
Une mobilisation ne signifierait pas un déploiement immédiat au front
Même si Moscou décidait de mobiliser plusieurs centaines de milliers de personnes, cela ne signifierait pas que ces militaires seraient immédiatement envoyés sur le champ de bataille.
Les nouvelles recrues doivent d’abord être appelées, réparties, équipées, formées puis intégrées aux unités militaires. Une mobilisation annoncée à l’automne pourrait donc n’avoir des effets sur le front qu’après un certain délai.
Les analystes de l’ISW soulignent également les limites du système russe de formation et d’administration militaire. Selon leurs analyses, Moscou pourrait privilégier des formes de mobilisation progressives ou moins visibles plutôt qu’un appel massif lancé en une seule fois.
Pour le Kremlin, un choix militaire mais aussi politique
Une nouvelle mobilisation représenterait pour les autorités russes une décision beaucoup plus lourde que la poursuite du recrutement sous contrat.
En 2022, l’annonce de la mobilisation partielle avait provoqué le départ d’un nombre important de Russes vers l’étranger et constitué l’un des principaux épisodes de tension intérieure liés à la guerre. Le Kremlin doit désormais tenir compte de cette expérience.
Les autorités russes pourraient donc chercher à augmenter les effectifs militaires sans provoquer le même choc intérieur qu’en 2022.
La question dépasse désormais le seul chiffre de 300 000
L’élément central de la déclaration d’Emmanuel Macron n’est pas uniquement le chiffre avancé. Elle suggère que la France envisage la possibilité d’un nouveau cycle de constitution des effectifs militaires russes.
Les services de renseignement ukrainiens avaient précédemment évoqué la possibilité de 600 000 nouvelles recrues sur deux ans, tandis qu’Emmanuel Macron estime désormais plausible une mobilisation de 300 000 personnes. Aucune de ces évaluations ne signifie toutefois qu’une décision du Kremlin a déjà été officiellement prise.
L’apparition de ces estimations après la fin des élections russes met néanmoins en évidence un enjeu majeur : Moscou conserve la capacité d’accroître ses ressources humaines consacrées à la guerre, alors même que son système actuel de recrutement rencontre des difficultés croissantes.
Les prochains mois permettront donc de voir si le Kremlin cherchera à continuer de compenser ses pertes par le recrutement volontaire ou s’il décidera d’élargir nettement la mobilisation de la population russe pour alimenter l’effort de guerre.
