En France, une pétition contre l’usage d’armes mutilantes lors des manifestations lycéennes dépasse les 120 000 signatures

Les initiateurs réclament des restrictions sur l’utilisation des armes policières et des techniques d’interpellation dangereuses lors des manifestations impliquant des lycéens. Après plusieurs signalements de blessures graves, l’Assemblée nationale française examine la possibilité d’un débat parlementaire, rapporte Le Parisien.

En France, une pétition demandant l’interdiction des armes susceptibles de provoquer de graves mutilations lors des manifestations lycéennes a dépassé le seuil des 120 000 signatures. Publiée sur la plateforme de l’Assemblée nationale, elle a été lancée par Raphaël Prado, enseignant, père d’un lycéen et porte-parole de l’organisation Attac.

Le texte appelle à revoir les pratiques des forces de l’ordre lors des manifestations étudiantes et lycéennes, qui se poursuivent dans le pays depuis septembre. Son auteur estime que les mesures de sécurité employées contre les participants sont disproportionnées.

Des blessures graves à l’origine de la pétition

Cette initiative intervient après plusieurs cas de blessures graves parmi les jeunes manifestants. À Tours, un jeune homme a notamment perdu la vue d’un œil, tandis qu’à Lens, un participant à une manifestation a perdu une main. Ces blessures sont attribuées aux interventions des forces de l’ordre.

L’Inspection générale de la Police nationale (IGPN) a ouvert au moins 24 enquêtes concernant des incidents impliquant des policiers et des gendarmes. De son côté, le Défenseur des droits a reçu 28 réclamations individuelles liées à l’action des forces de l’ordre.

Raphaël Prado demande aux parlementaires d’adopter des restrictions législatives concernant certaines armes et techniques d’interpellation lors des manifestations auxquelles participent des lycéens, dont la majorité serait, selon lui, mineure.

Parmi les mesures proposées figure l’interdiction de techniques d’immobilisation susceptibles de provoquer une asphyxie, notamment le maintien d’une personne au sol avec compression thoracique, les étranglements et les flexions dangereuses du torse.

La pétition réclame également des restrictions concernant les tirs de lanceurs de balles de défense LBD 40, l’utilisation de grenades explosives et de grenades de désencerclement, notamment les modèles GM2L et DMP, ainsi que le recours aux pistolets à impulsion électrique Taser.

Le gouvernement suspend l’utilisation des grenades assourdissantes

Après le drame survenu à Lens, le ministre français de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a ordonné la suspension de l’utilisation des grenades assourdissantes. Cette mesure ne concerne toutefois pas les lanceurs de balles de défense LBD.

La porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a affirmé que la France ne disposait pas d’un nombre disproportionné d’armes de ce type. La position de l’exécutif sur la limitation de l’armement policier diffère ainsi des revendications des auteurs de la pétition.

La présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, a souligné l’importance de prendre en compte l’opinion publique. Selon elle, le nombre élevé de signatures témoigne de l’intérêt de la société pour cette question.

Les 120 000 signatures suffiront-elles à ouvrir un débat parlementaire ?

Malgré le soutien déjà recueilli, les 120 000 signatures ne garantissent pas à elles seules l’organisation d’un débat en séance plénière. Selon la procédure en vigueur, une pétition pourrait devoir dépasser le seuil des 500 000 signatures pour être examinée dans l’hémicycle.

D’après Le Parisien, seules trois pétitions ont franchi ce seuil depuis la mise en place du dispositif. Elles portaient notamment sur la loi Yadan, la présomption de légitime défense accordée aux forces de l’ordre et la loi Duplomb.

Les deux premières, bien qu’ayant chacune recueilli plus de 700 000 signatures, n’ont pas donné lieu à un débat en séance plénière. En revanche, la pétition contre la loi Duplomb, qui a obtenu plus de deux millions de signatures, a été débattue à l’Assemblée nationale le 11 février 2026.

Yaël Braun-Pivet a déclaré qu’une discussion dans l’hémicycle devait avoir lieu une fois le niveau de soutien requis atteint. L’avenir de la pétition de Raphaël Prado dépendra donc de sa capacité à réunir le nombre de signatures nécessaire.

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