À Kyiv et dans sa région, les alertes aériennes interrompent régulièrement les cours et obligent les élèves à rejoindre les abris. Dans les établissements scolaires, la sécurité fait désormais partie du quotidien, tandis que les enfants tentent de préserver leurs habitudes malgré les interruptions et l’incertitude, rapporte France 24.
Quand les cours sont interrompus par les alertes aériennes
Pour les écoliers ukrainiens, une alerte aérienne signifie qu’il faut quitter la salle de classe, interrompre un jeu dans la cour et rejoindre rapidement un abri. La journée scolaire alterne ainsi entre les cours et les périodes passées à l’abri, au rythme des alertes.
Le 20 octobre, des journalistes de l’AFP ont observé cette réalité à l’école UMKA, dans la région de Kyiv. Au cours de la journée, l’alerte a retenti à cinq reprises. À chaque fois, les enseignants ont organisé l’évacuation des élèves. Environ 130 enfants ont poursuivi leurs activités dans les locaux aménagés au sous-sol.
La menace n’est pas seulement théorique. Quelques jours avant la visite des journalistes, un drone était tombé dans la cour de récréation de l’établissement. Un homme qui se trouvait à proximité avait échappé à l’explosion à quelques secondes près. Les caméras de surveillance ont également enregistré une onde de choc soufflant les fenêtres d’une salle de classe et projetant le mobilier.
Cet incident rappelle la proximité du danger avec les lieux où les enfants étudient et jouent. Pour les établissements scolaires, assurer la continuité des cours implique désormais de prévoir des procédures d’évacuation et des espaces où les élèves peuvent se mettre à l’abri.
Les sous-sols transformés en salles de classe
Après le début de l’invasion russe à grande échelle, le sous-sol de l’école UMKA, auparavant utilisé pour les cours de musique, a été réaménagé pour accueillir les enfants pendant les alertes aériennes.
Les plus jeunes disposent d’une pièce séparée équipée de lits pour la sieste. D’autres espaces servent aux cours et aux activités scolaires. Le personnel tente ainsi de maintenir un emploi du temps aussi proche que possible de la normale. Mais même un abri bien équipé ne remplace pas entièrement une salle de classe, une cour de récréation ou des pauses sans contraintes.
La directrice de l’établissement, Valentyna Kurinna, explique que les enfants passent parfois davantage de temps dans l’abri que dans les salles de classe habituelles. Les alertes prolongées obligent les enseignants à adapter leurs cours à des circonstances qu’ils ne maîtrisent pas.
Les possibilités de protection restent par ailleurs inégales. Selon des données des autorités municipales de Kyiv citées par l’AFP, environ 40 % des écoles de la capitale disposent d’abris capables d’accueillir simultanément l’ensemble de leurs élèves. Même lorsque ces installations existent, leurs conditions d’utilisation ne sont pas toujours satisfaisantes. Des parents signalent notamment un manque d’eau potable et un accès limité aux toilettes.
Les établissements doivent donc concilier deux impératifs : protéger les élèves et leur permettre de poursuivre leur scolarité. La capacité d’accueil des abris, l’organisation des évacuations et la préparation du personnel jouent un rôle déterminant dans la gestion de ces interruptions.
Grandir avec la peur des alertes
Les conséquences de cette situation ne se limitent pas aux risques physiques. L’attente d’une nouvelle alerte, les déplacements précipités vers les abris et la possibilité d’explosions à proximité constituent également une source de stress pour les enfants.
Yassia, Varvara et deux camarades prénommées Ania, âgées de onze ans et amies depuis la maternelle, racontent qu’elles se soutiennent pendant les alertes. Lorsqu’elles ont peur, elles se prennent dans les bras, discutent et se remémorent des histoires amusantes.
Ces gestes leur permettent de traverser des moments difficiles tout en préservant leurs liens. Elles continuent à apprendre, à jouer et à passer du temps ensemble, même si leurs habitudes sont désormais étroitement liées aux consignes de sécurité.
Les enseignants doivent eux aussi gérer la dimension émotionnelle de la situation. Valentyna Kurinna explique que les membres de l’équipe pédagogique essaient de ne pas montrer leur propre peur afin de ne pas accroître l’anxiété des élèves. Ils doivent simultanément organiser l’évacuation, vérifier la présence de chaque enfant et maintenir une atmosphère calme dans l’abri.
La communication avec les parents constitue un autre aspect important de leur travail. Inquiets pour leurs enfants pendant les alertes, ceux-ci reçoivent des messages et des photos destinés à les rassurer sur la situation des élèves.
Ces efforts contribuent à maintenir des repères, sans pour autant faire disparaître l’inquiétude. Les enfants et les adultes doivent trouver des moyens de gérer le stress alors que la durée des alertes et les conditions de retour en classe restent imprévisibles.
Des moments ordinaires devenus précieux
Lorsque l’alerte prend fin, les élèves peuvent retourner dans la cour. Après plusieurs heures passées au sous-sol, même une courte promenade devient une occasion attendue de retrouver leurs activités habituelles.
Ania, Yassia et Varvara rejoignent leurs camarades pour jouer dehors. « Freedom ! », lance Ania en anglais, heureuse de pouvoir quitter l’abri.
Cette scène montre à quel point les enfants cherchent à préserver une vie ordinaire malgré les contraintes. Ils continuent à rire, à nouer des amitiés et à étudier, mais une simple récréation dépend désormais de l’évolution de la situation sécuritaire. Ils ne savent ni combien de temps durera l’accalmie ni quand ils devront retourner se mettre à l’abri.
Le fonctionnement de l’école UMKA illustre les efforts nécessaires pour maintenir l’enseignement dans ces conditions. Les enseignants, les directions, les parents et les élèves doivent s’adapter à un quotidien marqué par les interruptions, les changements d’organisation et l’incertitude.
Cette adaptation ne signifie pas que les conséquences de la guerre sont devenues anodines. Les cours peuvent reprendre après une alerte, mais le temps perdu, la fatigue et la tension accumulée font partie de l’expérience scolaire des enfants.
Poursuivre les cours ne suffit pas à garantir la sécurité
L’exemple de l’école UMKA montre comment les établissements ukrainiens tentent de préserver la continuité pédagogique. Les sous-sols aménagés permettent de poursuivre certaines activités, le soutien des enseignants aide les élèves à surmonter les moments de peur et les procédures d’évacuation contribuent à réduire les risques.
Mais les abris ne peuvent, à eux seuls, répondre à tous les besoins. Les enfants ont également besoin de conditions d’apprentissage adaptées, d’un accompagnement psychologique et de temps pour jouer et se développer sans devoir constamment anticiper une nouvelle alerte.
La guerre a ainsi modifié à la fois l’organisation matérielle des écoles et l’expérience quotidienne des élèves. Dans certains établissements, le sous-sol est devenu une extension de la salle de classe, tandis que les horaires et les activités doivent être réorganisés en fonction des alertes.
Pour les enfants, la difficulté consiste à poursuivre leur scolarité tout en vivant avec cette incertitude. L’histoire de l’école UMKA donne un aperçu concret des efforts déployés pour préserver leur quotidien, mais aussi des limites de cette adaptation face à une menace persistante.
