L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) propose de démanteler plusieurs mécanismes fondamentaux de l’Union européenne, des élections directes au Parlement européen à la primauté du droit européen sur les législations nationales. Dans le même temps, le parti renforce sa position dans la vie politique allemande : selon un sondage réalisé pour la chaîne ZDF, il devance ses concurrents, tandis qu’une majorité de répondants le considère comme une menace pour la démocratie. Ses liens de longue date avec la Russie constituent également un motif de préoccupation.
Une Union européenne privée de ses mécanismes actuels de contrôle
La délégation de l’AfD au Parlement européen a élaboré un programme de réforme radicale de l’UE. Ses propositions ne se limitent pas à modifier certaines politiques : elles remettent en question les principes mêmes du fonctionnement des institutions européennes.
Au lieu d’organiser des élections directes au Parlement européen, le parti propose de le composer de représentants des parlements nationaux. Il souhaite également réduire considérablement les compétences de la Commission européenne, en ne lui laissant qu’un rôle de coordination. Les chefs d’État et de gouvernement des pays membres deviendraient alors les principaux décideurs.
Le rôle de la Cour de justice de l’Union européenne devrait lui aussi être revu. Selon le document, elle exercerait essentiellement des fonctions d’arbitrage, tandis que les législations nationales devraient prévaloir sur le droit de l’UE.
Si ces propositions étaient mises en œuvre, l’intégration européenne connaîtrait une transformation fondamentale. Le poids des institutions communes diminuerait, tandis que les gouvernements nationaux disposeraient d’une marge de manœuvre beaucoup plus importante pour définir leur propre orientation politique. Un tel scénario remettrait en cause l’équilibre actuel des compétences entre Bruxelles et les capitales des États membres.
De l’énergie à l’immigration : les autres changements souhaités par l’AfD
La politique environnementale figure également parmi les priorités du programme. L’AfD réclame l’abandon du Pacte vert européen et du système d’échange de quotas d’émission. Dans le secteur énergétique, le parti préconise de recourir davantage à l’énergie nucléaire, au gaz et au charbon.
En matière migratoire, le document prévoit de transférer l’examen des demandes d’asile vers des pays tiers et de renoncer aux mécanismes de répartition solidaire des demandeurs d’asile entre les États de l’Union. Une telle approche accentuerait la pression sur les pays par lesquels les migrants entrent dans l’UE, notamment ceux situés aux frontières extérieures du bloc.
Un autre volet concerne l’éducation. L’AfD exige l’interdiction de ce qu’elle qualifie de « propagande LGBT » dans les établissements scolaires, sans toutefois préciser quels contenus ou quelles formes d’éducation et de sensibilisation seraient concernés.
Ce programme témoigne de la volonté du parti de transformer simultanément plusieurs piliers de la politique européenne : les engagements climatiques, la solidarité en matière migratoire, l’ordre juridique et les mécanismes de représentation démocratique.
68 % des Allemands considèrent l’AfD comme une menace pour la démocratie
Les propositions radicales de l’AfD interviennent dans un contexte où l’opinion publique allemande reste divisée sur cette formation politique. Selon les résultats du Politbarometer, une enquête réalisée pour la chaîne ZDF par l’institut Forschungsgruppe Wahlen, 68 % des personnes interrogées estiment que l’AfD représente un danger pour la démocratie, contre 29 % qui ne partagent pas cette appréciation.
Dans l’est de l’Allemagne, où le soutien au parti a particulièrement progressé ces dernières années, 42 % des répondants ne le considèrent pas comme une menace. Dans les Länder de l’ouest, cette proportion atteint 26 %.
La question d’une éventuelle interdiction de l’AfD ne fait toutefois pas consensus : 43 % des participants à l’enquête se prononcent en faveur d’une interdiction, contre 51 % qui y sont opposés. Les Allemands sont également partagés sur la manière dont les autres partis devraient traiter cette formation. Environ 45 % estiment que les autres forces politiques devraient refuser catégoriquement toute coopération avec elle, tandis que 53 % souhaitent que les décisions soient prises au cas par cas.
Malgré ces réserves, l’AfD conserve des niveaux élevés de soutien. Si les élections législatives avaient lieu le dimanche suivant le sondage, le parti recueillerait 28 % des voix, devançant le bloc conservateur associé au chancelier Friedrich Merz, crédité de 21 %. Les Verts obtiendraient 15 %, les sociaux-démocrates 13 %, Die Linke 12 % et les libéraux du Parti libéral-démocrate (FDP) 3 %.
L’enquête révèle également un mécontentement à l’égard des réformes gouvernementales : 59 % des personnes interrogées estiment que celles-ci vont dans la mauvaise direction, tandis qu’environ 80 % jugent que la répartition des efforts liés aux changements est injuste. Ces chiffres témoignent d’un mécontentement plus général à l’égard de la politique menée dans le pays, dont l’AfD pourrait tirer parti pour renforcer encore son influence.
