L’Arménie manifeste un intérêt croissant pour un rapprochement avec l’Union européenne et les États-Unis, mais le gouvernement de Nikol Pachinian n’est toujours pas prêt à prendre totalement ses distances avec la Russie. Erevan continue de profiter de l’espace économique russe, maintient un dialogue politique avec Moscou et reste membre de l’Union économique eurasiatique.
Cette position apparaît d’autant plus clairement dans le contexte de la guerre à grande échelle menée par la Russie contre l’Ukraine. Moscou mène depuis plus de quatre ans une guerre d’agression contre son voisin, menace régulièrement d’autres pays et utilise la force militaire comme instrument de sa politique étrangère. Malgré cela, l’Arménie ne s’engage pas dans une politique de rupture totale avec le Kremlin.
Le récent échange entre Pachinian et Vladimir Poutine est également révélateur : le Premier ministre arménien s’est adressé au président russe afin de trouver une solution aux restrictions commerciales visant les exportations arméniennes.
La Russie reste un facteur économique majeur pour Erevan
La prudence arménienne s’explique en grande partie par des considérations pragmatiques. La Russie demeure l’un des principaux partenaires économiques de l’Arménie, tandis que son appartenance à l’Union économique eurasiatique crée un ensemble de liens commerciaux et douaniers dont Erevan ne peut pas se détacher rapidement.
Selon Reuters, la Russie représente environ 35 % du commerce extérieur de l’Arménie et reste un important fournisseur d’énergie.
Dans le même temps, Moscou utilise cette dépendance comme un moyen de pression. La Russie a déjà imposé des restrictions sur les importations de produits arméniens, tandis que la question de l’avenir de l’Arménie au sein de l’UEEA devient de plus en plus un sujet de négociation politique.
Ainsi, Erevan tente de se rapprocher de l’Europe sans rompre son ancrage économique avec la Russie.
La guerre contre l’Ukraine change le coût de cet équilibre
Aujourd’hui, les relations russo-arméniennes ne peuvent toutefois plus être analysées uniquement sous l’angle économique.
La Russie poursuit sa guerre contre l’Ukraine, mène régulièrement des frappes contre les infrastructures civiles et énergétiques, utilise des menaces militaires à l’encontre de pays voisins et cherche à préserver son influence dans les États qui souhaitent déterminer eux-mêmes leur politique étrangère.
Plus encore, en 2026, Moscou a elle-même montré qu’elle était prête à utiliser le scénario ukrainien comme instrument de pression sur Erevan. Des responsables russes ont établi des parallèles entre la situation en Ukraine et l’orientation européenne de l’Arménie, mettant ainsi implicitement en garde Erevan contre les conséquences potentielles de son choix géopolitique.
Dans ce contexte, le maintien de liens étroits avec le Kremlin apparaît de plus en plus contradictoire.
Pachinian parle de prise de distance, mais ne franchit pas le pas décisif
Le gouvernement arménien a effectivement pris plusieurs mesures pour réduire sa dépendance à Moscou. Erevan a de facto gelé sa participation aux structures de l’Organisation du traité de sécurité collective, renforcé sa coopération avec l’Union européenne et les États-Unis et engagé un processus susceptible d’ouvrir, à terme, la voie à une adhésion à l’Union européenne.
Pachinian a également déclaré que l’Arménie n’était pas un allié de la Russie dans la guerre contre l’Ukraine.
Mais une différence importante subsiste entre les déclarations politiques et la politique étrangère menée dans la pratique.
Erevan ne rompt pas ses liens économiques avec Moscou, ne quitte pas l’UEEA et continue de régler ses différends bilatéraux directement avec les dirigeants russes.
C’est précisément cette contradiction qui déterminera les limites du « virage vers l’Occident » de l’Arménie.
Le soutien occidental ne remplace pas un choix politique
De son côté, l’Union européenne renforce son soutien économique et politique à l’Arménie. Les États-Unis accroissent également leur présence dans la région, notamment à travers des projets stratégiques dans les domaines des transports et de l’économie.
Cependant, l’augmentation de la présence occidentale ne signifie pas automatiquement que l’Arménie sort de l’orbite russe.
Erevan cherche à tirer profit des deux orientations : investissements occidentaux, soutien financier et garanties politiques, tout en conservant l’accès au marché russe, aux ressources énergétiques et aux mécanismes de l’UEEA.
Cette stratégie peut s’avérer efficace à court terme. Mais sur le plan stratégique, elle devient de plus en plus difficile à maintenir.
L’Arménie devra faire un choix
Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, la notion d’un « équilibre neutre » entre Moscou et l’Occident est devenue beaucoup plus coûteuse.
Le Kremlin a déjà démontré qu’il considère le choix indépendant de politique étrangère de ses voisins comme une menace à son propre influence. L’Ukraine en est l’exemple le plus grave, tandis qu’à l’égard de l’Arménie, Moscou utilise déjà la pression économique et les avertissements politiques.
Pour Erevan, la question ne se limite donc plus au choix entre l’UEEA et l’Union européenne. Il s’agit désormais de déterminer quel modèle de comportement international l’Arménie est prête à soutenir : coopérer avec un État qui mène une guerre d’agression contre son voisin et utilise régulièrement les menaces comme instrument de pression, ou développer progressivement ses relations avec des partenaires pour lesquels le libre choix souverain des États constitue un principe fondamental.
Pour l’instant, le gouvernement de Pachinian tente de rester entre les deux camps. Mais la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et le comportement de plus en plus agressif du Kremlin rendent cet équilibre toujours plus fragile et politiquement contradictoire.
