Les informations selon lesquelles la Russie serait disposée à « travailler » avec le plan de paix en 20 points visant à mettre fin à la guerre contre l’Ukraine ne témoignent pas d’une évolution de la pensée du Kremlin. Elles traduisent au contraire une manœuvre tactique, destinée à préserver une marge de pression et à réécrire la logique du règlement.
Selon Bloomberg, Moscou ne perçoit pas ce document comme un cadre de compromis, mais comme une plateforme pour imposer ses propres amendements, transformant le processus de paix en instrument de chantage politique.
Le refus du Kremlin de rejeter publiquement le plan ne s’explique pas par une volonté de concessions, mais par le souci de ne pas briser les attentes de Washington. Dans ce contexte, le facteur Donald Trump joue un rôle particulier : Moscou cherche à ne pas perdre un canal d’influence, en affichant une constructivité de façade sans réviser ses positions fondamentales.
La Russie tente ainsi de se présenter comme une partie prétendument disposée au dialogue, tout en conservant une liberté totale pour poursuivre la pression militaire et diplomatique.
De vieux ultimatums reconditionnés en “amendements”
Le contenu des exigences russes ne comporte rien de fondamentalement nouveau. Il s’agit d’un ensemble bien connu de restrictions à la souveraineté ukrainienne, présenté sous une forme plus diplomatique :
- garanties de non-élargissement de l’OTAN vers l’est ;
- statut neutre de l’Ukraine, même en cas d’intégration à l’UE ;
- limitations des forces armées ukrainiennes ;
- statut spécifique de la langue russe ;
- concessions territoriales, notamment dans la région de Donetsk.
Ces points reprennent les ultimatums d’avant l’invasion à grande échelle, désormais déguisés en propositions de négociation.
Les sanctions comme véritable moteur du dialogue
Le véritable moteur de la participation russe aux discussions reste la question des sanctions occidentales et des avoirs russes gelés, évalués à plusieurs centaines de milliards de dollars. Pour le Kremlin, le processus de paix est avant tout une opportunité de démantèlement partiel du régime de sanctions, sans reconnaître de défaite stratégique.
Les limites du compromis et la distorsion de la réalité
Les diplomates occidentaux soulignent que la question clé n’est pas la volonté de la Russie de parler, mais l’ampleur des concessions réelles qu’elle est prête à faire. C’est précisément ce que Washington tente de clarifier.
Par ailleurs, les informations du Financial Times sur la vision déformée de la guerre transmise à Vladimir Poutine par ses généraux remettent en cause la capacité du Kremlin à évaluer correctement le rapport de forces réel.
La stratégie russe vis-à-vis du plan de paix en 20 points n’est pas un pas vers la fin de la guerre, mais une tentative de reprendre l’initiative sans renoncer à aucune exigence clé. Moscou cherche à préserver le dialogue avec les États-Unis, à alléger la pression des sanctions et à imposer des restrictions politiques durables à l’Ukraine.
Dans ce contexte, la participation de la Russie aux discussions ne signifie pas un progrès vers la paix, mais confirme que le Kremlin considère toujours la paix comme une autre forme de poursuite du conflit par d’autres moyens.
