Le Kremlin prépare une offensive informationnelle contre les élections en France et en Allemagne

La Russie considère de plus en plus les élections européennes comme un champ de guerre hybride. Selon Magnus Hjort, directeur général de l’Agence suédoise de défense psychologique, le Kremlin s’intéresse avant tout aux grandes démocraties dont les résultats électoraux peuvent influencer non seulement la politique intérieure, mais aussi la poursuite du soutien à l’Ukraine.

Parmi les principales cibles, l’expert cite l’Allemagne et la France. À Berlin, Moscou pourrait exploiter les élections régionales et locales pour accentuer la polarisation politique, tandis que la campagne présidentielle française de 2027 offre un terrain beaucoup plus vaste pour des opérations d’influence. Magnus Hjort s’est exprimé en ce sens dans un entretien accordé à Politico.

L’objectif ne concerne pas seulement les responsables politiques, mais aussi le soutien à l’Ukraine

L’un des principaux objectifs de la campagne informationnelle russe consiste à affaiblir la volonté des Européens de soutenir Kyiv. Pour y parvenir, des contenus évoquant une prétendue corruption massive en Ukraine, des crimes imaginaires attribués à des Ukrainiens et d’autres récits manipulateurs sont diffusés.

Moscou cherche ainsi à déplacer le centre du débat. Au lieu de se concentrer sur l’agression russe, les électeurs sont poussés à s’interroger sur l’opportunité de continuer à livrer des armes à l’Ukraine et à lui consacrer des financements. Une telle modification de l’agenda politique peut servir les intérêts du Kremlin sans qu’il soit nécessaire d’influencer directement le résultat du scrutin.

Les réseaux de bots donnent l’illusion d’un soutien massif

Les spécialistes suédois ont identifié un réseau d’environ 1 200 comptes sur X qui publiaient initialement des contenus neutres consacrés au sport ou aux loisirs avant de se tourner vers des messages provocateurs. En 2025 et 2026, ces comptes ont diffusé près de 50 000 publications et commentaires reposant sur une stratégie de polarisation délibérée.

Le danger réside notamment dans la capacité d’un tel réseau à se faire passer pour l’expression d’une véritable opinion publique. Un utilisateur confronté à des milliers de messages similaires peut les interpréter comme le reflet d’une tendance réelle, alors qu’il est en réalité exposé à une opération informationnelle coordonnée.

La Russie cherche à pousser les journalistes à relayer ses récits

Une autre méthode, qualifiée de « matriochka » par les spécialistes suédois, est encore plus complexe. Les opérateurs de ces campagnes envoient aux journalistes et aux vérificateurs de faits des contenus provocateurs présentant de prétendues opérations de désinformation russe, dans l’espoir que les médias entreprennent eux-mêmes de les vérifier, publient des démentis et offrent ainsi à ces contenus une audience supplémentaire.

Cette stratégie illustre l’évolution de la guerre informationnelle. Le Kremlin n’a pas toujours besoin de convaincre le public de la véracité d’un mensonge précis. Il peut parfois suffire de pousser la société à se disputer en permanence, à s’indigner et à perdre confiance dans ses institutions.

La France devient une cible particulièrement importante

Les élections françaises revêtent une importance particulière pour le Kremlin en raison de la future campagne présidentielle et de ses conséquences potentielles pour la politique européenne. En France, le Rassemblement national dispose d’une importante base électorale, tandis que certains de ses représentants défendent une révision de l’ampleur du soutien apporté à l’Ukraine.

L’ingérence russe pourrait donc viser moins à soutenir directement un candidat qu’à créer un environnement politique favorable à Moscou : renforcer la défiance envers l’Union européenne, alimenter les controverses sur l’aide à l’Ukraine et accentuer les divisions internes.

L’Allemagne revêt une importance comparable. Tout renforcement des forces politiques favorables à un assouplissement des sanctions ou à une modification de la politique à l’égard de la Russie pourrait avoir un impact direct sur la capacité de l’Europe à préserver son unité sur la question ukrainienne.

Moscou ne cherche pas seulement à influencer les votes

Le principal danger de la campagne russe pourrait ne pas résider dans une tentative de falsification des élections elles-mêmes, mais dans la modification de l’environnement dans lequel les citoyens prennent leurs décisions.

Les démocraties européennes doivent donc protéger simultanément leurs systèmes électoraux, leur espace informationnel et la confiance des citoyens. L’Agence suédoise de défense psychologique met toutefois en garde contre un autre risque : exagérer l’ampleur des ingérences pourrait également servir les intérêts de l’adversaire si les électeurs finissaient par considérer toute élection comme potentiellement truquée.

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