Moscou n’est pas prête à mettre fin à la guerre : pourquoi le Kremlin mise toujours sur l’épuisement de l’Ukraine

Les dirigeants russes ne montrent toujours aucun signe d’abandon de leur stratégie de guerre d’usure contre l’Ukraine. Malgré les difficultés économiques, l’inflation et le mécontentement croissant d’une partie de la population, le Kremlin continue de considérer qu’il peut soutenir l’effort de guerre sur le long terme.

L’ancien Premier ministre russe Mikhaïl Kassianov estime que Vladimir Poutine est incapable de reconnaître que la décision d’envahir l’Ukraine était une erreur, rapporte AFP. Selon lui, le président russe s’était à l’époque appuyé sur des rapports des services de sécurité présentant l’Ukraine comme un pays faible. Revenir sur cette politique reviendrait désormais, à ses yeux, à reconnaître une erreur stratégique majeure.

Pour le Kremlin, la guerre reste une question d’endurance

Selon Kassianov, la stratégie russe repose sur l’hypothèse qu’un conflit prolongé finira par épuiser progressivement l’Ukraine et ses partenaires.

Cette stratégie bénéficie, selon lui, de plusieurs facteurs extérieurs. La hausse des prix du pétrole provoquée par le conflit entre les États-Unis et l’Iran constitue notamment une source supplémentaire de revenus pour l’économie russe. L’ancien Premier ministre cite également les divergences entre Washington et les capitales européennes concernant la politique à l’égard de Moscou.

Dans ce contexte, le Kremlin peut considérer que la pression internationale restera insuffisante pour provoquer rapidement un changement de cap.

Les difficultés économiques ne débouchent pas sur une contestation politique

Malgré la hausse des prix et les autres difficultés économiques, la Russie ne connaît pas de mouvement de protestation massif contre la guerre.

Selon Kassianov, une partie importante de la société russe souhaiterait la fin des combats, mais cela ne se traduit pas par une volonté de descendre dans la rue. Les attentes concernant l’issue de la guerre sont également très différentes : certains espèrent une victoire russe, d’autres souhaitent la défaite de Poutine, tandis que d’autres encore veulent simplement que les combats cessent, indépendamment du résultat.

Pour l’ancien Premier ministre, la longévité du système autoritaire a contribué à installer dans la société un fatalisme et une habitude de s’adapter aux difficultés économiques. Il évoque également un repli croissant des individus sur leur cercle personnel et l’accumulation de sentiments négatifs.

Le Kremlin utilise le temps comme une ressource

Dans ce modèle, l’absence de pression politique intérieure permet aux dirigeants russes de poursuivre leur politique actuelle, même si son coût économique pour le pays continue d’augmenter.

Kassianov appelle les pays occidentaux à ne pas laisser les menaces nucléaires de Moscou dicter leur politique et à renforcer leur pression collective sur le Kremlin. Parmi les mesures prioritaires qu’il préconise figure notamment la livraison à l’Ukraine de davantage d’intercepteurs Patriot afin de renforcer la protection des infrastructures civiles.

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