Parti de la soumission : pourquoi la position du RN sur l’Ukraine a de nouveau rappelé à la France les liens avec la Russie

L’appel de Louis Aliot à mettre fin à l’aide financière à l’Ukraine a donné aux adversaires du Rassemblement national l’occasion de rappeler les contacts entretenus pendant des années par le parti avec la Russie — du prêt russe au rapprochement politique avec Moscou.

Dans la campagne présidentielle française, la question ukrainienne devient un test de l’indépendance de la politique étrangère des candidats, rapporte France info. Après la déclaration du vice-président du Rassemblement national, Louis Aliot, appelant à « couper le robinet » de l’aide à l’Ukraine, ses adversaires politiques ont attaqué non seulement cette proposition, mais aussi ce qu’ils considèrent comme le vieil héritage pro-russe du parti.

Il ne s’agit pas simplement d’une nouvelle controverse sur les dépenses publiques. Le RN est depuis de nombreuses années au centre de l’attention en raison de ses contacts financiers et politiques avec la Russie, qui ont été examinés à plusieurs reprises par des parlementaires français et dans le cadre d’enquêtes journalistiques.

Le prêt russe devenu un problème politique

L’un des épisodes les plus connus est le prêt obtenu par l’ancien « Front national » en 2014. Le parti de Marine Le Pen avait emprunté 9,4 millions d’euros à la First Czech-Russian Bank, alors que, selon elle, les établissements financiers européens refusaient de financer cette formation politique.

Le simple fait que ce prêt ait existé ne prouve pas l’existence d’un accord politique avec le Kremlin. Marine Le Pen l’avait nié lors des auditions de la commission d’enquête parlementaire sur les ingérences étrangères. Cependant, l’origine du financement et les contacts ultérieurs de la direction du parti avec des représentants russes sont devenus l’un des principaux arguments des détracteurs du RN.

En 2023, le RN a annoncé le remboursement anticipé de sa dette russe. Cela n’a toutefois pas effacé l’histoire politique de ce prêt : les médias français continuent de le considérer comme l’un des symboles des relations particulières entre le parti et la Russie.

Il ne s’agit pas seulement d’argent

Le lien russe dans cette histoire ne se limite pas à une opération bancaire. L’attention s’est également portée sur les rencontres de représentants du RN avec des responsables politiques russes, les déplacements à Moscou et les positions de Marine Le Pen sur des questions majeures de politique étrangère.

Sa position sur la Crimée avait notamment suscité une attention particulière. Marine Le Pen a longtemps défendu la reconnaissance de l’annexion russe de la péninsule et, lors des auditions de la commission d’enquête parlementaire sur les ingérences étrangères, elle n’a une nouvelle fois pas renoncé à son appréciation des événements de 2014.

C’est précisément l’ensemble des liens financiers, des contacts politiques et de la proximité de certaines positions du RN avec la ligne russe qui a fait des relations du parti avec Moscou un thème permanent des débats politiques français.

L’attaque contre l’Ukraine a fait ressurgir l’ancienne question

Après le début de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, le RN a condamné l’attaque. Cependant, le parti s’est également opposé à certaines mesures de sanctions et a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de modifier la politique européenne à l’égard de Moscou.

C’est pourquoi la déclaration actuelle de Louis Aliot s’est révélée particulièrement utile pour les adversaires du RN. Lorsqu’un représentant du parti appelle à mettre fin au soutien financier à l’Ukraine, ses adversaires peuvent relier cette position à une histoire beaucoup plus longue des relations entre l’extrême droite française et la Russie.

Gabriel Attal a déjà qualifié la politique étrangère du RN de forme de « soumission à d’autres puissances », tandis que Raphaël Glucksmann a accusé la direction du parti de faux patriotisme.

Pour le RN, il ne s’agit déjà plus simplement d’un débat budgétaire

Le problème pour le Rassemblement national est que sa position sur l’Ukraine est désormais évaluée non pas isolément. Chaque proposition visant à réduire l’aide à Kyiv se superpose inévitablement à l’histoire antérieure du parti dans ses relations avec Moscou.

C’est précisément pourquoi les adversaires de Le Pen et de Bardella tentent de faire de la question russe l’un des thèmes centraux de la campagne de 2027. Leur objectif est de placer le RN face à un choix inconfortable : démontrer que sa politique actuelle à l’égard de l’Ukraine est exclusivement dictée par les intérêts français, ou devoir une nouvelle fois expliquer l’histoire de ses contacts avec la Russie.

Dans le même temps, il est important de distinguer les faits confirmés des interprétations politiques. L’existence du prêt russe, les contacts avec des responsables politiques russes et l’attachement de longue date de certains dirigeants du RN à un rapprochement avec Moscou constituent une partie documentée de l’histoire du parti. Mais cela ne prouve pas, en soi, que chacune des positions actuelles du RN soit formulée sur instruction du Kremlin.

L’Ukraine devient une question de confiance envers le futur pouvoir

À l’approche de l’élection de 2027, le débat dépasse largement la question de savoir combien la France doit consacrer à l’Ukraine.

Pour les partisans de l’aide à Kyiv, il s’agit d’une question de sécurité européenne. Pour le RN, c’est un argument en faveur de la priorité donnée aux finances françaises et aux intérêts nationaux. Pour ses adversaires, c’est aussi l’occasion de rappeler aux électeurs le prêt russe, les anciens contacts avec Moscou et les positions politiques qui ont, pendant des années, suscité des soupçons quant à la proximité du parti avec le Kremlin.

Et c’est précisément ici que la question ukrainienne pourrait devenir l’un des thèmes les plus sensibles de la campagne française : le Rassemblement national parviendra-t-il à convaincre les Français que sa politique actuelle à l’égard de la Russie est définitivement détachée de cette histoire de rapprochement avec Moscou qui poursuit le parti depuis plus d’une décennie ?

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