Une nouvelle controverse autour de la politique linguistique secoue l’Union européenne. La France et l’Italie ont fermement rejeté une proposition de la Commission européenne visant à accélérer la conclusion des accords commerciaux internationaux en préparant leurs versions finales uniquement en anglais.
L’initiative émane du commissaire européen au Commerce, Maroš Šefčovič, qui souhaite appliquer cette approche lors de la préparation du futur accord commercial entre l’Union européenne et l’Indonésie, rapporte Financial Times.
Bruxelles veut réduire les lourdeurs administratives
Aujourd’hui, la finalisation juridique des accords internationaux de l’UE peut prendre jusqu’à deux ans, les textes devant être traduits et validés dans les 24 langues officielles de l’Union.
Selon Šefčovič, l’utilisation exclusive de l’anglais lors de la phase de rédaction juridique permettrait de réduire de moitié ce délai et d’accélérer l’entrée en vigueur des nouveaux accords commerciaux.
D’après lui, ces retards coûtent déjà plusieurs milliards d’euros à l’économie européenne. Il cite notamment l’accord entre l’UE et le Mercosur, dont chaque année de retard représenterait plus de 50 milliards d’euros de croissance potentielle du PIB perdus.
La France invoque des contraintes constitutionnelles
Paris s’oppose toutefois fermement à cette proposition.
Les autorités françaises estiment que l’État ne peut être juridiquement lié par un document qui n’a pas été rédigé en français. L’Italie a adopté une position similaire, invoquant également ses propres dispositions constitutionnelles.
Pour les opposants à la réforme, le recours systématique à des textes rédigés uniquement en anglais pourrait créer un précédent dangereux et affaiblir progressivement le principe du multilinguisme, considéré comme l’un des fondements de l’Union européenne.
Un débat qui dépasse la simple question des traductions
Les observateurs soulignent que la controverse ne porte pas uniquement sur des aspects techniques, mais aussi sur l’influence des États membres au sein de l’UE.
Bien que l’anglais soit devenu la principale langue de travail de nombreuses institutions européennes, plusieurs pays remettent de plus en plus en question sa domination de facto depuis le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne.
La Commission européenne assure que toutes les langues seront préservées
À Bruxelles, on insiste sur le fait qu’il ne s’agit que d’une étape technique de préparation des documents. Les versions définitives continueraient, comme aujourd’hui, à être traduites dans l’ensemble des langues officielles de l’Union conformément à la législation en vigueur.
Néanmoins, l’opposition de la France et de l’Italie démontre qu’une question apparemment technique comme la traduction peut rapidement se transformer en véritable enjeu politique au sein de l’Union européenne.
