Les services français de renseignement et les autorités judiciaires durcissent leur réponse face aux opérations hybrides attribuées à la Russie, rapporte Le Monde. Après une succession de cyberattaques, d’actes de sabotage et d’activités suspectes à proximité de sites stratégiques, Paris accuse désormais plus ouvertement les services russes d’être impliqués dans ces opérations.
L’un des développements les plus marquants a été la mise au jour d’une vaste campagne de cyberespionnage attribuée à une unité du FSB. Dans le même temps, la France a soutenu de nouvelles sanctions européennes contre les personnes et entités concernées et a convoqué un représentant de l’ambassade de Russie afin de lui notifier officiellement les griefs des autorités françaises.
Le contre-espionnage fait face à une pression croissante
Auditionnée à l’Assemblée nationale, la directrice générale de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), Céline Berthon, a affirmé que l’activité des services de renseignement étrangers connaissait une augmentation constante. Selon elle, cette intensification exerce une pression sans précédent sur les capacités du contre-espionnage français et impose une adaptation permanente des dispositifs de sécurité nationale.
Une multiplication des survols de drones près des sites militaires
Les infrastructures de défense figurent parmi les principales cibles des préoccupations des autorités. Le directeur de la Direction du renseignement et de la sécurité de la Défense (DRSD), le général Aymeric Bonnemaison, a indiqué que le nombre de survols non autorisés de drones au-dessus des bases militaires et des installations de l’industrie de défense avait presque doublé depuis l’automne 2025.
Parallèlement, l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) met en garde contre les risques de sabotage visant les infrastructures critiques, notamment dans le secteur de l’énergie. Pour y répondre, la France renforce sa coopération avec plusieurs partenaires européens, dont la Norvège et la Pologne.
Les entreprises de défense sous surveillance renforcée
Parmi les affaires les plus sensibles de ces derniers mois figure l’attaque visant l’entreprise Delair, fabricant de drones utilisés par l’Ukraine. Le site industriel a d’abord été la cible d’un incendie provoqué à l’aide de dispositifs incendiaires, avant qu’un ressortissant biélorusse ne soit mis en cause dans le cadre de l’enquête.
Le parquet de Paris examine également les circonstances de l’incendie survenu dans une usine du groupe Thales à Brest, où sont notamment produits des équipements destinés aux avions de combat Rafale ainsi qu’à la flotte sous-marine française. Les enquêteurs étudient l’hypothèse d’une possible implication étrangère.
Des dizaines d’enquêtes sont actuellement en cours
Selon plusieurs médias français, le parquet de Paris mène actuellement 13 informations judiciaires ainsi que 26 enquêtes préliminaires portant sur de possibles actes d’ingérence étrangère. À ces dossiers s’ajoutent de nombreuses investigations distinctes concernant des cyberattaques qui ne sont pas comptabilisées dans ces chiffres.
Le renforcement des moyens de contre-ingérence illustre la volonté de la France de considérer les menaces hybrides comme l’un des principaux défis pesant sur sa sécurité nationale et sur celle de l’Europe.
