Le gouvernement français étudie une baisse du prix de remboursement des médicaments à base de paracétamol, une mesure qui permettrait à l’Assurance maladie d’économiser environ 30 millions d’euros par an. La réforme prévoit une diminution de la rémunération des fabricants d’environ 10 centimes d’euro par boîte.
Pour les consommateurs, cette évolution devrait être quasiment imperceptible, le prix payé en pharmacie ne devant pas augmenter. En revanche, cette perspective suscite déjà de vives inquiétudes au sein de l’industrie pharmaceutique.
Les laboratoires redoutent un frein aux investissements
Les principales préoccupations proviennent des entreprises qui ont investi ces dernières années dans le retour de la production de paracétamol sur le territoire français.
À la suite de la pandémie de Covid-19, la France a engagé une stratégie visant à réduire sa dépendance aux fournisseurs asiatiques pour les principes actifs pharmaceutiques. Dans ce cadre, l’État et plusieurs industriels ont consacré près de 140 millions d’euros au développement d’une nouvelle filière destinée à produire du paracétamol en France à partir de 2027.
Une production française nettement plus coûteuse
Selon les représentants du secteur, la fabrication du principe actif en France coûterait environ 60 % de plus qu’en Inde ou en Chine, d’où provient aujourd’hui l’essentiel des approvisionnements.
Les industriels estiment ainsi qu’une baisse des prix décidée par les pouvoirs publics pourrait compromettre la rentabilité des investissements engagés pour relocaliser cette production stratégique.
Des emplois pourraient être concernés
Les élus locaux et les collectivités accueillant des sites de production de médicaments emblématiques, notamment Efferalgan et Dafalgan, ont également exprimé leurs inquiétudes.
L’attention se porte notamment sur le site du laboratoire Upsa, qui emploie près de 1 600 salariés. Les responsables locaux appellent le gouvernement à reconsidérer son projet afin de préserver la compétitivité de l’industrie pharmaceutique française.
Un débat qui dépasse la seule question du prix des médicaments
Pour de nombreux experts, cette controverse dépasse largement la question du coût du paracétamol et touche à la stratégie de souveraineté sanitaire de la France.
Ils soulignent qu’une baisse des prix pourrait entrer en contradiction avec la politique de relocalisation de productions jugées stratégiques, engagée après la crise sanitaire afin de réduire la dépendance du pays aux importations de composants pharmaceutiques en provenance d’Asie.
