L’UE à la croisée des chemins : 11 pays demandent un durcissement quasi total des visas touristiques pour les Russes

Au sein de l’Union européenne et de plusieurs partenaires de l’espace Schengen, une nouvelle ligne de fracture se dessine concernant la politique à l’égard de la Russie. La Pologne, la Suède, la Tchéquie, le Danemark, l’Estonie, la Finlande, la Lettonie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Norvège et l’Islande appellent la Commission européenne à adopter un régime beaucoup plus strict pour la délivrance de visas Schengen aux citoyens russes, allant jusqu’à une restriction quasi totale des voyages touristiques.

Une lettre commune des ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères, obtenue par le média polonais RMF FM, illustre une nouvelle étape de la transformation de la politique des visas en instrument de sécurité stratégique européenne.

Le tourisme en temps de guerre : un enjeu politique majeur

Dans ce document, les pays signataires remettent en question la légitimité morale et politique des déplacements touristiques de citoyens russes vers l’Europe dans le contexte de la guerre en cours contre l’Ukraine.

Les ministres soulignent que, alors que les villes ukrainiennes sont frappées quotidiennement par des missiles et des drones et que les infrastructures civiles sont détruites, l’augmentation du nombre de touristes russes dans l’UE crée une asymétrie politique et éthique, susceptible d’affaiblir l’unité européenne face à l’agression russe.

Près d’un demi-million de visas et un “effet de fragmentation Schengen”

En s’appuyant sur les données du Schengen Barometer, les signataires indiquent qu’en 2025, environ 477 878 visas Schengen ont été délivrés à des citoyens russes, dont une part importante de visas à entrées multiples.

Selon eux, cette pratique crée un problème structurel : l’UE affiche officiellement une politique de fermeté envers la Russie, tout en maintenant une mobilité significative pour ses ressortissants.

Le phénomène de visa shopping, permettant de contourner les consulats les plus stricts (notamment en Europe de l’Est), est également mis en avant.

Sans liste officielle, le document laisse entendre que les principaux pays de délivrance seraient la France, l’Italie, l’Espagne et la Grèce, tandis que la Pologne et les États baltes ont quasiment cessé ces pratiques.

Les pays de première ligne contre une “asymétrie des visas”

Les États situés aux frontières de la Russie et de la Biélorussie soulignent qu’ils supportent la majeure partie des coûts et des risques sécuritaires liés à la protection des frontières extérieures de l’UE.

Dans le même temps, d’autres États membres continuent de bénéficier des retombées économiques du tourisme russe.

La lettre décrit cette situation comme une inégalité structurelle dans le partage des responsabilités au sein du système Schengen.

La Pologne propose un “mécanisme de défense des visas”

Varsovie défend la création d’un nouvel instrument : un mécanisme opérationnel de sanctions en matière de visas, permettant à l’UE de restreindre rapidement la délivrance de visas à des ressortissants de pays tiers en cas de menace sécuritaire.

Il s’agirait d’aligner la politique des visas sur les mécanismes déjà existants dans d’autres domaines de sanctions européennes, tout en élargissant leur portée.

Réformer Schengen : une question de sécurité

Les signataires appellent la Commission européenne à réviser le code des visas de l’UE afin de :

  • introduire des restrictions obligatoires pour les citoyens russes ;
  • harmoniser les pratiques des États membres ;
  • réduire fortement la délivrance de visas à entrées multiples ;
  • renforcer les outils de réponse face aux États considérés comme hostiles.

Le texte évoque également la possibilité de limiter l’entrée des anciens et actuels militaires russes, dans le cadre d’une architecture de sécurité plus large.

Une Europe entre solidarité et rythmes différents de sanctions

Ce débat met en évidence une fracture croissante au sein de l’Union européenne entre les États favorables à une isolation maximale de la Russie et ceux qui privilégient une approche plus flexible.

Dans ce contexte, la politique des visas devient un élément central de la réponse européenne à la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine, dépassant largement son rôle technique initial.

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