La Bibliothèque royale de Belgique a restitué le 10 juin 2026 une aquarelle de Félicien Rops aux descendants d’Armand Dorville, collectionneur juif français victime des spoliations antisémites durant la Seconde Guerre mondiale. Selon Le Monde, l’œuvre concernée est La Buveuse d’absinthe, réalisée en 1877.
Une collection dispersée pendant l’Occupation
Armand Dorville, avocat parisien et collectionneur d’art, est décédé en 1941. Sa collection réunissait plus de 450 œuvres. On y trouvait notamment des créations de Renoir, Degas, Bonnard, Delacroix et Félicien Rops.
En juin 1942, sa famille a organisé une vente à Nice. Elle cherchait alors à financer son départ face aux persécutions antisémites. Toutefois, le Commissariat général aux questions juives a supervisé l’opération. Les autorités de Vichy ont ensuite confisqué le produit de la vente.
Après la guerre, les héritiers ont récupéré une partie des sommes perdues. Cependant, plusieurs membres de la famille Dorville ont été déportés à Auschwitz en 1944 et n’en sont jamais revenus.
Une enquête relancée plusieurs décennies plus tard
En 2020, des chercheurs ont retrouvé l’aquarelle dans les collections de la Bibliothèque royale de Belgique. Les descendants d’Armand Dorville ont alors engagé des démarches pour récupérer l’œuvre.
Par ailleurs, des spécialistes de la provenance des œuvres d’art ont étudié son parcours. Les autorités belges ont ensuite examiné le dossier. En décembre 2025, la ministre belge de la Politique scientifique, Vanessa Matz, a annoncé sa volonté de restituer officiellement l’aquarelle à ses propriétaires légitimes.
Une restitution suivie d’un accord
La restitution a eu lieu le 10 juin 2026 à Bruxelles. Ensuite, les héritiers ont accepté de revendre l’œuvre à la Bibliothèque royale de Belgique. Le montant de la transaction n’a pas été communiqué.
Ainsi, le tableau restera accessible au public. La bibliothèque prévoit également d’expliquer son histoire au sein de ses collections. Les visiteurs pourront donc mieux comprendre le contexte des spoliations antisémites durant l’Occupation.
Un enjeu de mémoire pour les institutions culturelles
Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large. Depuis plusieurs années, de nombreux musées européens réexaminent l’origine de certaines œuvres acquises après la Seconde Guerre mondiale.
De plus, les recherches de provenance permettent d’identifier des biens ayant appartenu à des familles juives victimes des persécutions nazies. Les institutions culturelles cherchent désormais à renforcer la transparence sur leurs collections.
Enfin, cette restitution représente une étape importante pour les descendants d’Armand Dorville. Elle illustre aussi la volonté croissante des États européens de reconnaître les injustices du passé et d’y apporter une réponse concrète.
