Uber a écopé d’une amende de 824,99 millions d’euros aux Pays-Bas, annoncée le 21 août 2026. L’affaire concerne la désactivation automatisée de comptes de chauffeurs sur la plateforme. Elle place surtout la gestion algorithmique du travail au cœur d’un nouveau conflit majeur en Europe.
Selon Reuters, l’Autorité néerlandaise de protection des données estime qu’Uber a enfreint le RGPD. Le régulateur reproche notamment au groupe d’avoir pris certaines décisions importantes par des systèmes automatisés. En outre, les chauffeurs concernés n’auraient pas reçu des informations suffisantes sur ces mécanismes.
Uber sanctionné pour ses décisions automatisées
Le dossier porte notamment sur des suspicions de fraude et sur les évaluations attribuées par les clients. D’après l’autorité néerlandaise, certains comptes pouvaient alors être désactivés automatiquement. Une suspension empêchait le chauffeur concerné d’accepter de nouvelles courses et affectait donc directement ses revenus.
Les pratiques examinées remontent à la période comprise entre 2018 et 2022, d’après plusieurs sources néerlandaises. Certaines présentations du dossier retiennent toutefois principalement les incidents survenus entre 2020 et 2022. Les plaintes à l’origine de la procédure provenaient de chauffeurs en France. Cependant, l’enquête a été conduite aux Pays-Bas, où Uber possède son siège européen.
Le RGPD limite les décisions prises uniquement par un algorithme
Le conflit repose notamment sur l’article 22 du Règlement général sur la protection des données. Ce texte protège les personnes contre certaines décisions fondées uniquement sur un traitement automatisé. Cette protection s’applique lorsque la décision produit des effets juridiques ou affecte fortement la personne concernée.
La Commission européenne rappelle que des garanties spécifiques doivent accompagner les exceptions prévues par le RGPD. Ainsi, une personne doit notamment pouvoir demander une intervention humaine dans plusieurs situations. Elle doit aussi pouvoir présenter son point de vue et contester une décision automatisée.
Pour les plateformes numériques, l’enjeu dépasse donc la seule utilisation d’un algorithme. Il concerne aussi la place réelle accordée au contrôle humain. De plus, les entreprises doivent expliquer suffisamment les traitements automatisés lorsqu’ils produisent des conséquences importantes.
Uber annonce un recours contre l’amende
Uber rejette les conclusions du régulateur et juge la sanction disproportionnée. L’entreprise a annoncé son intention de faire appel. Elle affirme également que ses règles actuelles prévoient des contrôles humains et permettent aux chauffeurs de contester une suspension.
Le groupe conteste notamment l’idée selon laquelle ses systèmes auraient procédé seuls à des désactivations définitives dans tous les cas visés. Uber soutient qu’une intervention humaine existait avant certaines exclusions permanentes. Ainsi, le recours devra aussi déterminer précisément quelles décisions relevaient réellement d’un processus entièrement automatisé.
Une sanction qui dépasse largement le seul cas Uber
Si elle est confirmée, cette amende figure parmi les plus importantes prononcées sous le RGPD. Elle arrive derrière la sanction de 1,2 milliard d’euros infligée à Meta par le régulateur irlandais en 2023. Cette dernière concernait des transferts de données d’utilisateurs européens de Facebook vers les États-Unis.
Par ailleurs, Uber avait déjà reçu en 2024 une amende néerlandaise de 290 millions d’euros concernant des transferts de données de chauffeurs vers les États-Unis. L’entreprise a également contesté cette décision. La nouvelle procédure renforce donc la pression réglementaire sur ses pratiques européennes.
Enfin, cette affaire pourrait dépasser le secteur des plateformes de transport. Les entreprises utilisent de plus en plus des systèmes automatisés pour évaluer des comportements, détecter des anomalies ou gérer des comptes. La décision néerlandaise rappelle toutefois qu’en Europe, automatiser un processus ne supprime pas les obligations de transparence, de recours et de contrôle humain.
