À huit mois de l’élection présidentielle de 2027, Sophie Binet place la progression du Rassemblement national au cœur du débat social. La secrétaire générale de la CGT reproche à une partie du patronat de banaliser l’extrême droite. Cette offensive intervient après la grande rentrée économique du Medef, organisée les 26 et 27 août à Roland-Garros.
Selon Le Monde, Marine Le Pen a profité du débat présidentiel organisé par le Medef pour rassurer les dirigeants d’entreprise sur son programme économique. La responsable du RN a notamment promis davantage de discipline budgétaire et une réduction des dépenses publiques. Elle cherche ainsi à renforcer sa crédibilité auprès d’un milieu économique longtemps méfiant envers son parti.
Sophie Binet dénonce une normalisation de l’extrême droite
La dirigeante de la CGT estime que cette évolution dépasse la seule confrontation des programmes économiques. Elle considère que le patronat doit aussi prendre en compte les orientations institutionnelles et sociales défendues par le RN.
Cette position s’inscrit dans une ligne déjà défendue depuis plusieurs mois par la centrale syndicale. Sur son site, la CGT présente l’extrême droite comme une menace directe pour les droits sociaux et syndicaux. Elle critique notamment plusieurs votes du RN concernant les salaires, la fiscalité ou les services publics. Il s’agit toutefois de la position politique et syndicale de l’organisation, et non d’un constat partagé par l’ensemble des acteurs économiques.
La CGT a également consacré une partie de son congrès de juin 2026 à ce sujet. Des représentants syndicaux étrangers y ont témoigné de leurs expériences face à la progression de formations d’extrême droite dans plusieurs pays.
Le Medef place la présidentielle 2027 au centre de sa rentrée
Le débat prend une dimension particulière après la Rencontre des entrepreneurs de France. Le Medef avait invité sept personnalités engagées dans la course à l’Élysée à confronter leurs projets économiques le 27 août.
Marine Le Pen participait à cette séquence aux côtés de Jean-Luc Mélenchon, Édouard Philippe, Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Bruno Retailleau et Marine Tondelier. Le Medef présentait cette confrontation comme un moyen de placer les préoccupations des entreprises dans la campagne présidentielle.
Cependant, cette ouverture à l’ensemble des principaux prétendants nourrit une controverse. Pour les organisations patronales, recevoir les candidats permet d’évaluer leurs propositions économiques. Pour la CGT, en revanche, traiter le RN comme un acteur politique comparable aux autres participe à sa normalisation.
Le débat illustre donc deux conceptions différentes du rôle des corps intermédiaires. D’un côté, le patronat met en avant le dialogue avec les forces susceptibles d’accéder au pouvoir. De l’autre, la CGT considère qu’une responsabilité politique particulière s’impose face à l’extrême droite.
Marine Le Pen cherche à convaincre les entreprises
Le rapprochement entre le RN et certains milieux économiques reste néanmoins complexe. Le programme du parti continue de susciter des interrogations sur les finances publiques, les retraites, l’Union européenne et les politiques sociales.
Marine Le Pen a présenté devant les entrepreneurs un objectif de fortes économies budgétaires. Elle a aussi défendu une règle visant à renforcer l’équilibre des comptes publics. Cette orientation répond directement aux inquiétudes exprimées par de nombreux chefs d’entreprise sur la dette et le déficit.
Par ailleurs, le Medef affirme que trois dirigeants sur quatre interrogés placent la baisse de la dette et des dépenses publiques parmi leurs priorités pour 2027. L’organisation souligne également les attentes des entreprises en matière de stabilité fiscale et réglementaire.
La CGT veut replacer les questions sociales dans la campagne
Sophie Binet entend désormais renforcer la présence des sujets sociaux avant la présidentielle. Salaires, retraites, services publics, conditions de travail et transition climatique devraient occuper une place importante dans la stratégie de la CGT.
La bataille ne porte donc plus seulement sur les programmes économiques. Elle concerne aussi la manière dont syndicats et organisations patronales se positionnent face à la progression du RN.
À mesure que l’élection de 2027 approche, cette question pourrait devenir un point majeur du dialogue social. Cependant, les entreprises ne forment pas un bloc politique homogène. Les attitudes envers le RN restent diverses, tandis que le parti cherche clairement à élargir son audience auprès des décideurs économiques.
