Tony Gatlif, réalisateur français de « Gadjo Dilo », « Exils » et « Latcho Drom », est mort mercredi 2 septembre à Arles. Il avait 77 ans. Sa famille a annoncé son décès vendredi 4 septembre, alors que le cinéaste travaillait encore sur un nouveau projet historique. Sa disparition emporte une voix très singulière du cinéma français contemporain.
Selon l’AFP, Tony Gatlif est décédé à la suite d’un problème de santé. Le cinéaste vivait et travaillait depuis longtemps en lien étroit avec la Camargue. Son dernier long métrage, « Ange », était sorti en 2025. La ministre de la Culture Catherine Pégard a salué un artiste qui filmait notamment l’exil, la musique et la liberté.
Tony Gatlif a construit un cinéma autour de l’exil
Né en Algérie en septembre 1948, Tony Gatlif était issu d’un père kabyle et d’une mère gitane. Il arrive en France au début des années 1960. Son parcours personnel nourrit ensuite une grande partie de son travail.
Cependant, son cinéma ne se limite jamais à l’autobiographie. Il place régulièrement au centre de ses films des personnages marginalisés, déplacés ou confrontés aux frontières. Les cultures roms, gitanes et tziganes occupent ainsi une place essentielle dans son œuvre.
Avec « Les Princes », sorti dans les années 1980, il commence à toucher un public plus large. Puis « Latcho Drom » confirme sa reconnaissance internationale. Le film utilise notamment la musique pour raconter les déplacements et les traditions de communautés roms à travers plusieurs pays.
« Gadjo Dilo » devient ensuite l’un de ses films les plus connus. Romain Duris y incarne un jeune Français qui part en Roumanie à la recherche d’une chanteuse. Là encore, Tony Gatlif fait de la musique un véritable langage narratif.
« Exils » lui apporte un prix majeur à Cannes
La reconnaissance du Festival de Cannes arrive en 2004 avec « Exils ». Le film suit deux Français d’origine algérienne qui prennent la route vers Alger. Le voyage interroge à la fois la mémoire familiale, l’identité et l’expérience de l’exil.
Le Festival de Cannes rappelle que Tony Gatlif reçoit cette année-là le prix de la mise en scène. Le réalisateur signe également le scénario et participe à la musique du film. Cette récompense reste l’un des moments les plus importants de sa carrière.
La musique constitue d’ailleurs l’une des signatures de son cinéma. Le flamenco accompagne « Vengo ». « Djam » explore le rebétiko, une musique née entre la Grèce et la Turquie. De plus, ses bandes-son participent souvent directement à la progression du récit.
Ainsi, Tony Gatlif filme rarement la musique comme un simple décor. Elle devient une manière de raconter une histoire, une culture ou un déplacement.
Une œuvre consacrée aux identités et aux frontières
Tony Gatlif a réalisé une vingtaine de longs métrages au cours de sa carrière. Plusieurs ont été sélectionnés à Cannes, notamment « Geronimo », « Transylvania », « Djam » ou encore « Tom Medina ». Le Festival avait également présenté « Ange » en 2025.
Son œuvre traverse pourtant plusieurs genres. Certains films prennent la forme du road-movie. D’autres se rapprochent du documentaire musical ou du drame social.
Néanmoins, quelques thèmes reviennent constamment. Le réalisateur s’intéresse aux frontières, au rejet, à la transmission culturelle et au besoin de liberté. Il donne aussi une visibilité rare à des populations longtemps peu représentées dans le cinéma français.
Cette démarche lui vaut une position particulière. Tony Gatlif reste à distance des grandes productions commerciales, tout en obtenant une reconnaissance internationale durable.
Le cinéma français perd une voix difficile à remplacer
La disparition de Tony Gatlif intervient alors qu’il continuait à préparer de nouveaux films. Sa famille a indiqué qu’il travaillait sur un projet historique au moment de sa mort. Aucun détail supplémentaire n’a été officiellement communiqué sur son avenir.
Son décès clôt plus de cinquante ans de création. Toutefois, ses films continuent de documenter des cultures, des musiques et des trajectoires rarement placées au centre du cinéma.
Enfin, son héritage dépasse les récompenses. Tony Gatlif a construit une manière immédiatement reconnaissable de filmer les corps, les voyages et les sons. Sa disparition laisse donc un vide particulier dans le paysage culturel français.
