Berlin demande à ses partenaires européens de revoir la politique de délivrance des visas touristiques aux citoyens russes. L’incident survenu à l’aéroport de Leipzig est devenu pour l’Allemagne un argument en faveur d’un contrôle nettement plus strict de l’entrée des ressortissants d’un pays de plus en plus accusé en Europe de mener des opérations hybrides.
Le visa touristique devient une question de sécurité
Au ministère allemand des Affaires étrangères, on estime que le nombre de visas touristiques délivrés aux ressortissants russes par les pays de l’UE reste excessif. À Berlin, cette pratique est désormais de plus en plus considérée non plus comme une simple question migratoire ou consulaire, mais comme un enjeu direct de sécurité européenne.
L’attention s’est notamment portée sur le cas d’un homme soupçonné d’avoir préparé une attaque contre l’aéroport de Leipzig. Selon les éléments de l’enquête, il s’agirait d’un citoyen biélorusse possédant également un passeport russe, qui serait entré dans l’espace Schengen grâce à un visa touristique délivré par l’Italie.
Pour Berlin, cette affaire est particulièrement révélatrice : une personne peut franchir légalement une frontière extérieure de l’espace Schengen, puis se déplacer sur le territoire européen sans faire l’objet de contrôles intérieurs systématiques.
L’Italie au centre des interrogations
La question prend une dimension particulière en raison de l’ampleur de la politique italienne en matière de visas. En 2025, l’Italie figurait parmi les pays de l’UE ayant délivré le plus grand nombre de visas Schengen aux ressortissants russes.
Selon les statistiques citées, le nombre de visas italiens accordés aux Russes est passé de 63 900 en 2021 à plus de 165 000 en 2025. La progression est encore plus marquée pour les ressortissants biélorusses : sur la même période, le nombre de visas délivrés par l’Italie est passé de 2 968 à 50 709.
Cette évolution suscite des interrogations croissantes dans les pays qui considèrent que le régime des sanctions doit être complété par un contrôle plus efficace des déplacements des personnes liées à la Russie et à la Biélorussie.
L’Europe passe des sanctions à une logique de prévention
Le débat sur les visas intervient dans un contexte plus large. Ces derniers mois, les gouvernements européens évoquent de plus en plus fréquemment les sabotages, les cyberattaques, les activités de renseignement et l’utilisation de drones comme autant d’éléments d’une confrontation hybride.
Après l’incident de Leipzig, la Pologne s’est elle aussi prononcée en faveur d’un renforcement des restrictions visant les diplomates russes et certains ressortissants russes présents sur le territoire de l’UE. Varsovie estime que si Moscou exploite l’ouverture de l’espace européen pour mener des opérations, les conditions d’accès à cet espace doivent être réexaminées.
Parallèlement, les États membres discutent déjà d’une interdiction d’entrée visant d’anciens combattants russes, signe d’une évolution progressive de l’approche européenne à l’égard de la mobilité des citoyens russes.
Du tourisme à un système de contrôle renforcé
Pour l’Union européenne, cette évolution pourrait constituer un véritable tournant. Après le début de la guerre à grande échelle en Ukraine, l’UE n’a pas instauré d’interdiction générale de délivrer des visas touristiques aux ressortissants russes, laissant aux États membres une marge de manœuvre importante dans leur politique consulaire.
Désormais, la logique sécuritaire tend de plus en plus à prendre le pas sur celle du tourisme ordinaire. Le débat ne porte donc plus seulement sur le nombre de visas délivrés, mais sur la capacité des États européens à déterminer qui entre dans l’espace Schengen, quels sont ses liens et quelle peut être sa véritable intention.
Leipzig apparaît ainsi comme une sorte de test grandeur nature pour le système européen. Lorsqu’un pays délivre un visa et qu’une personne peut ensuite circuler librement dans les autres États de l’espace Schengen, la responsabilité en matière de sécurité devient de fait collective.
C’est pourquoi la demande formulée par Berlin dépasse largement la seule question des visas touristiques. Elle touche à la future architecture de sécurité de l’Union européenne et à la question de savoir jusqu’où l’espace européen doit rester ouvert aux ressortissants d’un État que plusieurs gouvernements européens considèrent désormais comme une source de menaces hybrides.
