Marine Le Pen affirme toujours être innocente, mais la justice française a confirmé sa culpabilité dans l’affaire des assistants parlementaires européens. Le 7 juillet 2026, la cour d’appel de Paris l’a de nouveau condamnée pour détournement de fonds publics. La dirigeante du Rassemblement national peut néanmoins, à ce stade, se présenter à la présidentielle de 2027. Cette situation nourrit un décalage croissant entre son discours politique et les constatations des magistrats.
Selon Le Monde, la cour d’appel a estimé que les détournements étaient établis et qu’ils avaient porté atteinte à la confiance accordée aux élus. Les juges ont retenu plus de 2,8 millions d’euros détournés du Parlement européen pendant plusieurs mandatures. Ils ont également considéré que Marine Le Pen avait participé au fonctionnement du système après avoir pris la direction du parti.
Marine Le Pen continue d’affirmer son innocence
Quelques heures après le jugement, Marine Le Pen a déclaré qu’elle était innocente. Elle a également annoncé un pourvoi en cassation et confirmé son intention de participer à l’élection présidentielle de 2027.
Cependant, un pourvoi en cassation ne constitue pas un nouveau procès sur les faits. La Cour de cassation examine principalement si le droit et les règles de procédure ont été correctement appliqués.
La condamnation prononcée en appel comprend trois ans de prison, dont deux avec sursis. Un an doit être exécuté sous bracelet électronique si la décision devient applicable. Marine Le Pen a également reçu 100 000 euros d’amende.
Son inéligibilité a, en revanche, été fortement réduite. Sur 45 mois prononcés, 30 sont assortis du sursis. Les quinze mois fermes sont considérés comme déjà exécutés depuis sa condamnation de première instance.
Ainsi, elle est actuellement éligible. Toutefois, son pourvoi crée encore plusieurs incertitudes juridiques avant le scrutin de 2027.
Une défense qui a changé au fil des procès
Le dossier soulève aussi une question politique importante. La version présentée par Marine Le Pen n’est pas restée identique.
Lors du premier procès, en septembre 2024, elle affirmait que son parti n’avait enfreint aucune règle. Durant le procès en appel, sa défense s’est montrée plus nuancée.
Marine Le Pen a alors admis qu’un délit pouvait avoir été commis, tout en soutenant qu’elle et son parti ne pensaient pas agir illégalement. Son avocat a également expliqué que les élus RN considéraient certaines pratiques comme autorisées par le Parlement européen.
Cependant, la cour d’appel n’a pas retenu cette explication. Les juges ont relevé que les règles concernant le travail des assistants parlementaires avaient été régulièrement précisées par le Parlement européen.
En outre, la cour a considéré que les faits avaient continué pendant plus de onze ans malgré ces règles.
Des fonds européens destinés aux assistants parlementaires
Le cœur de l’affaire concerne l’utilisation d’argent public européen.
Les députés européens disposent de budgets destinés à rémunérer leurs assistants. Ces collaborateurs doivent travailler sur des activités liées au mandat parlementaire.
Or, la justice a considéré que certains salariés payés grâce à ces fonds travaillaient en réalité pour le parti en France.
La cour d’appel a donc confirmé l’existence d’un système permettant au mouvement politique de réduire ses propres dépenses grâce à l’argent du Parlement européen.
Cette distinction est essentielle. L’affaire ne concerne pas une simple erreur comptable ou une divergence politique avec Bruxelles.
Elle porte sur l’utilisation de fonds publics affectés à une mission précise.
Un discours de victime confronté aux décisions judiciaires
Marine Le Pen présente depuis plusieurs années les procédures judiciaires qui la concernent comme politiquement motivées.
Elle conserve le droit de contester sa condamnation. Son pourvoi en cassation fait pleinement partie des garanties prévues par la justice française.
Cependant, présenter uniquement l’affaire comme une persécution politique occulte une donnée majeure. Deux juridictions ont désormais retenu sa culpabilité dans le dossier des assistants parlementaires.
De plus, la décision d’appel n’a pas seulement confirmé les faits. Elle a souligné leur durée, les montants concernés et leur impact sur la confiance envers les responsables politiques.
Une faiblesse politique avant 2027
Cette affaire constitue donc l’un des principaux points faibles de Marine Le Pen avant la présidentielle.
Elle cherche à mener campagne sur le pouvoir d’achat, l’immigration, la sécurité et la gestion de l’État. Cependant, ses adversaires peuvent désormais lui opposer une condamnation confirmée pour détournement de fonds publics.
Une autre difficulté apparaît au sein même du RN. Jordan Bardella a récemment pris ses distances avec certaines propositions de Marine Le Pen, notamment sur les retraites et l’interdiction du voile dans l’espace public. Ces divergences alimentent les interrogations sur la cohérence du programme présidentiel.
Marine Le Pen reste pourtant une candidate majeure pour 2027. La réduction de son inéligibilité lui permet de poursuivre sa campagne.
Toutefois, son principal défi sera désormais de convaincre les électeurs que son discours sur la gestion de l’argent public reste crédible malgré les conclusions particulièrement sévères rendues par la justice.
