La flambée des prix du carburant contraint les Français à renoncer aux vacances, aux déplacements et à leur mode de vie habituel

En France, la hausse des prix du carburant pèse de plus en plus sur le quotidien des personnes qui dépendent de leur voiture, rapporte France info. Les escapades en bord de mer, les activités sportives, les visites aux proches et même la recherche d’un emploi deviennent des dépenses qu’il faut calculer avec précision.

Selon les données rapportées par France Télévisions le 11 octobre, la consommation de carburant en France a diminué de 30 % à la mi-septembre par rapport au début du mois. Les automobilistes essaient de prendre moins souvent le volant, regroupent plusieurs tâches au cours d’un même déplacement et revoient leurs budgets familiaux.

Le diesel dépasse les 2,30 euros le litre

Au 8 octobre, le prix moyen du gazole en France s’établissait à environ 2,35 euros le litre. L’essence reste également chère : le SP95-E10 coûtait environ 2,15 euros le litre, contre 2,25 euros pour le SP98.

Le gouvernement a annoncé le déblocage de 10 millions de barils de gazole issus des réserves stratégiques. Cette mesure devrait contribuer à faire baisser les prix à la pompe de 12 à 18 centimes par litre. Toutefois, ses effets ne devraient se faire sentir qu’en novembre. D’ici là, les automobilistes doivent s’adapter eux-mêmes à l’augmentation de leurs dépenses.

Pour les ménages aux revenus modestes, même les trajets les plus courts peuvent devenir un problème financier.

Chaque déplacement fait désormais l’objet d’un calcul

Sébastien, 55 ans, vit en Vendée et recherche un emploi. Il explique qu’il ne prend désormais sa voiture que pour les déplacements auxquels il ne peut pas renoncer. Les loisirs et les sorties ont pratiquement disparu du budget familial, alors que son foyer habite à seulement dix kilomètres du littoral.

L’homme essaie de repousser autant que possible le moment de faire le plein, mais la hausse du prix du carburant affecte aussi ses perspectives professionnelles. Récemment, il a hésité à se rendre à un entretien d’embauche situé à une quarantaine de kilomètres de son domicile.

Les rendez-vous obligatoires avec le service public de l’emploi constituent une autre difficulté : il doit parcourir environ 15 kilomètres pour s’y rendre, sans possibilité de participer à distance. Les frais de transport risquent ainsi de compliquer son retour à l’emploi.

Sébastien et sa compagne limitent leurs déplacements aux frontières de leur département et renoncent à des trajets qui faisaient auparavant partie de leur quotidien. L’homme décrit sa situation actuelle comme un nouveau confinement, provoqué cette fois non par des restrictions de circulation, mais par le coût de chaque kilomètre parcouru.

Les familles regroupent leurs activités et réorganisent leurs horaires de travail

Même un revenu stable ne protège pas contre la hausse des dépenses de transport. Corinne, enseignante gagnant environ 3 000 euros par mois, parcourt chaque jour près de 70 kilomètres aller-retour pour rejoindre son établissement scolaire. Entre le remboursement de son crédit immobilier et les frais liés à sa voiture, elle doit gérer son budget avec davantage de rigueur.

Désormais, elle essaie de regrouper toutes ses activités en un seul déplacement : courses alimentaires, passage à la pharmacie et autres rendez-vous indispensables. Elle a également renoncé à ses cours de danse de salon, qui nécessitent environ une demi-heure de route dans chaque sens.

Son organisation professionnelle a elle aussi changé. Corinne a regroupé ses heures de cours sur quatre jours au lieu de cinq. Selon elle, les journées sont devenues plus fatigantes, mais cette réorganisation lui permet d’économiser du carburant.

Les employeurs prennent également des mesures similaires. Dans le secteur de l’hôtellerie-restauration, où travaille Nicolas, 45 ans, la direction a réduit le nombre de journées à horaires coupés. Auparavant, les salariés devaient rentrer chez eux entre deux périodes de travail, avant de reprendre la route pour retourner sur leur lieu de travail. Avec les prix actuels, cette organisation est devenue trop coûteuse.

Malgré ces changements, Nicolas dépense près de 350 euros par mois en carburant. Pour compenser cette charge, sa famille réduit ses achats alimentaires, renonce à certains produits sucrés et privilégie des marques moins chères.

Les automobilistes changent de véhicule et réduisent leur vie sociale

Ève, 52 ans, et son mari consacrent environ 300 euros par mois au carburant de leurs deux voitures. Le couple a décidé de vendre son camping-car, de remplacer son véhicule familial par un modèle plus économique et d’acheter un scooter.

Ces mesures ne suffisent toutefois pas à compenser entièrement la hausse des prix. La famille a commencé à renoncer aux visites chez des amis et à d’autres déplacements non indispensables. Selon Ève, les dépenses de carburant absorbent progressivement l’argent qui pouvait auparavant être consacré aux loisirs.

Pierre-Louis, 26 ans, rend lui aussi moins souvent visite à ses proches. Alors qu’il se déplaçait auparavant pour voir sa famille une ou deux fois par mois, il ne le fait désormais qu’une fois tous les deux ou trois mois environ. Il privilégie davantage le covoiturage, même s’il ne trouve pas toujours de personnes avec lesquelles partager le trajet.

À la suite de l’élargissement du dispositif public d’aide, il a obtenu, avec sa compagne, une subvention de 100 euros destinée aux automobilistes parcourant de longues distances. Pour ce couple qui se prépare à accueillir un enfant, cette aide représente un soulagement supplémentaire, sans pour autant supprimer la nécessité de faire des économies.

La crise des carburants accentue les inégalités

Le gouvernement a élargi les aides destinées aux personnes qui parcourent de longues distances pour se rendre au travail ainsi qu’à certaines catégories professionnelles. Toutefois, une partie des demandeurs d’emploi et des retraités ne remplit pas les critères des dispositifs existants, alors même que ces personnes dépendent elles aussi de leur voiture.

Cette situation crée des inégalités entre les habitants des zones rurales ou des petites communes, où les transports publics sont limités. Pour eux, la voiture n’est souvent pas un simple moyen de confort, mais une nécessité pour rejoindre leur lieu de travail, consulter un médecin, faire des courses ou se rendre dans une administration.

La crise des carburants ne se résume donc plus à une simple réduction des dépenses de transport. Elle transforme l’organisation du travail, limite l’accès à l’emploi et réduit les contacts avec la famille et les amis.

Face à cette incertitude, certains automobilistes se disent désormais prêts à participer à des manifestations. La hausse des dépenses ravive en France le débat sur le pouvoir d’achat et fait craindre un nouveau mouvement de mécontentement social, en particulier parmi ceux pour qui renoncer à la voiture est impossible, mais dont les moyens ne suffisent plus à en assumer le coût.

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