Les frappes contre les centres de données de Yandex auraient affaibli les fermes à bots russes : ce que révèle la chute brutale du trafic réseau

Après les attaques ukrainiennes contre les infrastructures numériques russes, le trafic des requêtes automatisées a fortement diminué et des dizaines de services cloud ont connu des perturbations. Si le lien entre ces événements et l’activité des comptes de propagande se confirme, il pourrait révéler la vulnérabilité d’une partie des outils russes d’influence informationnelle.

Une panne de l’infrastructure numérique accompagnée d’une chute de l’activité des bots

Après une série de frappes contre les centres de données de l’entreprise russe Yandex, une forte baisse du trafic automatisé associé à son infrastructure a été observée. Selon les données de Cloudflare Radar, cet indicateur est tombé à 0,4 % du niveau maximal de requêtes HTTP enregistré au cours des deux semaines précédentes. Ces chiffres ont attiré l’attention sur la dépendance potentielle de certaines fermes à bots russes à l’égard de plateformes cloud spécifiques.

Le premier recul notable a été enregistré le 8 octobre, après une attaque de drones contre un site situé à Sasovo, dans la région de Riazan. D’autres installations auraient ensuite été touchées, notamment à Kalouga et à Vladimir. Selon une publication de 24 Kanal citant Tom’s Hardware et NetBlocks, les perturbations de ces infrastructures se sont accompagnées de difficultés d’accès aux services de Yandex.

Toutefois, la baisse du trafic automatisé ne signifie pas nécessairement que tous les bots russes ont disparu. Ces indicateurs témoignent d’une diminution de l’activité sur une partie de l’infrastructure, mais ne permettent pas, à eux seuls, d’établir l’origine de chaque compte ni son éventuel lien avec des opérations de propagande étatiques.

Pourquoi les fermes à bots peuvent dépendre des plateformes cloud

Les campagnes d’influence contemporaines ne reposent pas uniquement sur la création d’un grand nombre de comptes. L’automatisation des publications, les commentaires en masse, l’analyse des audiences et la génération de textes nécessitent également des capacités de calcul, des scripts et des outils d’intelligence artificielle.

Andriï Kovalenko, directeur du Centre ukrainien de lutte contre la désinformation, a déclaré qu’une partie des bots pouvait fonctionner sur des machines virtuelles de Yandex Cloud. Si ces environnements deviennent indisponibles, les processus automatisés risquent de s’interrompre jusqu’à ce que leurs opérateurs les restaurent à partir de sauvegardes ou les transfèrent vers d’autres serveurs.

L’utilisation de modèles linguistiques, notamment YandexGPT, pour produire des commentaires et des publications pourrait également jouer un rôle. Les perturbations de ces services sont susceptibles de compliquer la création de contenus et leur diffusion à grande échelle. Néanmoins, pour mesurer l’ampleur réelle de cet effet, il faudrait disposer de données techniques permettant d’établir quelle part de l’activité de propagande dépendait effectivement de l’infrastructure de l’entreprise.

La propagande a-t-elle réellement reculé sur les réseaux sociaux ?

Après les premières informations faisant état de perturbations, des utilisateurs des réseaux sociaux ont commencé à signaler une diminution des commentaires provocateurs, des publications agressives et des comptes suspects. Parmi les observations qui restent à vérifier figure un possible recul de l’activité de profils diffusant des messages politiques dans plusieurs pays européens, notamment en faveur du parti allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD).

Ces témoignages peuvent constituer un point de départ pour des recherches complémentaires, mais ils ne suffisent pas à prouver que ces comptes étaient pilotés de manière centralisée depuis la Russie. Une baisse de l’activité sur les réseaux sociaux peut avoir plusieurs causes : des pannes techniques, des blocages décidés par les plateformes, des modifications des algorithmes, l’arrêt volontaire des publications ou le recours à d’autres outils.

Pour confirmer un lien entre les frappes contre les centres de données et l’évolution de l’activité de réseaux politiques spécifiques, il faudrait comparer le comportement des comptes avant et après les perturbations, examiner la synchronisation de leurs publications, les répétitions de messages, les réseaux d’interactions et les indices techniques de coordination.

Il est particulièrement important de distinguer les profils automatisés des utilisateurs réels, qui peuvent partager des opinions similaires sans être soumis à une quelconque direction extérieure.

Zelensky établit un lien entre la baisse des bots et la riposte ukrainienne

Lors du Forum sur la sécurité de Varsovie, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré qu’après les frappes contre les centres de données de Yandex, les utilisateurs de différentes plateformes sociales avaient constaté une diminution des messages haineux, des discours hostiles et des provocations. Il a relié cette évolution à la riposte de l’Ukraine face aux opérations russes visant les infrastructures numériques ukrainiennes.

Cette déclaration souligne que les plateformes numériques et les capacités de calcul dans le cloud peuvent jouer un rôle qui dépasse les seuls services commerciaux, en contribuant également aux opérations d’influence informationnelle. Toutefois, la confirmation indépendante d’un lien de causalité nécessiterait des données supplémentaires provenant de chercheurs spécialisés dans le trafic réseau, des plateformes concernées et d’experts en lutte contre la désinformation.

Selon les informations disponibles, une part importante des services de Yandex a connu des perturbations. L’entreprise aurait annoncé le rétablissement progressif de plusieurs produits, notamment son moteur de recherche, ses cartes, sa messagerie, son service de taxis et son assistant vocal Alice.

Ces éléments suggèrent que les conséquences des incidents ne seront pas nécessairement durables.

Pourquoi les effets pourraient être temporaires

Même si certaines fermes à bots russes ont effectivement perdu l’accès à leurs capacités de calcul habituelles, cela ne signifie pas que leurs activités ont cessé. Leurs opérateurs peuvent recourir à d’autres fournisseurs cloud, à des serveurs proxy situés à l’étranger ou à des infrastructures alternatives. La migration de ces systèmes demande du temps et des ressources, mais elle reste techniquement possible.

La question essentielle n’est donc pas seulement de savoir dans quelle mesure le trafic a chuté après les frappes, mais aussi si la capacité des réseaux liés à la Russie à influencer l’opinion publique a réellement diminué.

Pour y répondre, il faudra suivre l’évolution de leur activité sur une période plus longue, vérifier si les mêmes comptes réapparaissent, si de nouveaux profils prennent leur place et si les canaux de diffusion des contenus changent.

Si des analyses ultérieures confirment qu’une partie des réseaux de propagande coordonnés dépendait des centres de données touchés, cet épisode illustrera de manière significative le rôle des infrastructures techniques dans la guerre informationnelle. En revanche, attribuer à l’ensemble des comptes devenus moins actifs une participation aux opérations russes, sans preuves concrètes, serait prématuré.

À ce stade, la chute du trafic et les perturbations des services justifient des investigations supplémentaires, mais ne permettent pas encore de déterminer précisément l’ampleur de l’impact sur les fermes à bots russes. Une vérification indépendante des données techniques et l’observation de l’activité des réseaux suspects après le rétablissement des infrastructures seront déterminantes pour évaluer la portée réelle de ces événements.

Défiler vers le haut