Jordan Bardella, leader du Rassemblement national, se place en tête des sondages avant l’élection présidentielle française de 2027. Son potentiel de leadership soulève une question pour l’Union européenne : le bloc pourra-t-il s’adapter à un nouveau paysage politique si la France élit un président aux positions eurosceptiques ?
Les enquêtes d’opinion montrent que Bardella n’est pas seulement un favori — il maintient un écart stable avec ses concurrents, rendant sa victoire tout à fait plausible.
Les incitations du système contre les décisions radicales
L’analyse des précédents politiques et du comportement économique des gouvernements français indique que même les politiciens d’extrême droite, une fois au pouvoir, respectent rarement les avantages structurels de la France au sein de l’UE.
Bardella a à plusieurs reprises insisté sur la nécessité de soutenir l’économie française, notamment via l’achat d’obligations d’État de la BCE. Cela illustre une approche pragmatique : utiliser les mécanismes institutionnels existants pour renforcer les intérêts nationaux plutôt que de déstabiliser le bloc.
La France : un « pilier intouchable » de la zone euro
En tant que membre clé de l’union monétaire, la France bénéficie traditionnellement de marges budgétaires plus larges : le déficit annuel peut dépasser 3 % du PIB et la dette publique 60 % sans sanctions significatives.
Même le budget 2026, avec un déficit prévu de 5,4 % du PIB, n’a pas suscité d’inquiétude majeure sur les marchés. La BCE reste prête à soutenir la stabilité, et les marchés considèrent que la turbulence politique n’entravera pas l’intervention de la banque en cas de besoin.
Le protectionnisme dans le cadre de l’UE
Le programme de Bardella prévoit un rôle actif de l’État dans l’industrie, une réduction de la bureaucratie et un contrôle des dépenses. Mais ses ambitions économiques se heurtent aux limites imposées par Bruxelles. Sans sortie de la France de l’UE (scénario du « Frexit »), un protectionnisme à la Trump est impossible.
En revanche, le candidat peut exploiter les mécanismes européens au profit de l’industrie nationale. Par exemple, une partie des 90 milliards d’euros de prêts de l’UE à l’Ukraine sera utilisée pour acheter des armements auprès de producteurs européens — la France, en tant que leader industriel de la défense, en tirera des bénéfices directs.
Bardella : opportuniste plutôt que destructeur
Les décisions économiques et politiques de Bardella montrent un pragmatisme : tirer parti des avantages du système plutôt que de le saboter. Il construit l’image d’un dirigeant capable de balancer entre ambitions nationales et cadre européen.
La vulnérabilité du système : la véritable menace
Le principal enjeu pour l’UE n’est pas Bardella lui-même, mais la fragilité interne du bloc. L’instabilité politique en France pourrait provoquer des vagues d’incertitude dans les domaines financier, économique et de défense, même si le président agit dans le cadre légal.
Ainsi, la victoire de Bardella ne serait pas une catastrophe pour l’UE, mais un véritable test de résilience et d’adaptabilité d’une structure déjà en équilibre précaire.
