L’apparition répétée du missile balistique russe de portée intermédiaire « Orechnik » dans la guerre contre l’Ukraine agit désormais comme un révélateur brutal pour les capitales européennes. Pour Paris, il ne s’agit plus d’un épisode lointain du conflit, mais d’un signal direct adressé à l’Europe et à sa capacité réelle de dissuasion.
Lors d’une intervention devant des militaires français, le président Emmanuel Macron a clairement établi ce lien : la Russie démontre par ses frappes qu’elle dispose d’armes capables d’atteindre le continent européen, tandis que l’Union européenne reste fragmentée et dépendante de capacités extérieures pour sa défense à longue portée.
Un message russe destiné à l’Europe
Le recours répété à l’« Orechnik » ne relève pas uniquement de la tactique militaire sur le champ de bataille ukrainien. Il s’agit aussi d’un outil de pression stratégique, conçu pour rappeler aux Européens leur vulnérabilité. En franchissant ce seuil technologique, Moscou cherche à installer l’idée que l’Europe se trouve déjà dans la zone d’impact potentiel d’un conflit élargi.
Cette démonstration de force intervient dans un contexte où la Russie parie sur la fatigue occidentale et sur les divisions internes de l’Union européenne.
La réponse française : crédibilité et autonomie
Face à cette réalité, Emmanuel Macron plaide pour une montée en puissance des capacités européennes de frappe à longue portée. Selon l’Élysée, la crédibilité stratégique de l’Europe ne peut plus reposer uniquement sur le parapluie américain ou sur la dissuasion nucléaire existante.
La France, qui dispose d’un socle technologique avancé dans les domaines des missiles, de l’aéronautique et de l’espace, entend jouer un rôle moteur. Mais Paris souligne que cette ambition ne peut réussir sans une coopération étroite avec ses partenaires clés, notamment le Royaume-Uni et l’Allemagne.
Une dissuasion complémentaire, pas une alternative
Le message français est clair : il ne s’agit pas de remplacer la dissuasion nucléaire, mais de la compléter par des capacités conventionnelles capables de modifier le rapport de forces. Des armes à longue portée crédibles renforcent la capacité de dissuasion globale et élargissent l’éventail des réponses face à une escalade russe.
En filigrane, cette position traduit une inquiétude croissante : sans investissements rapides et coordonnés, l’Europe risque de rester un acteur stratégique de second rang, exposé aux démonstrations de force venues de l’Est.
L’heure des choix
L’« Orechnik » agit désormais comme un test politique autant que militaire. Soit l’Europe transforme ce signal en catalyseur pour bâtir une véritable autonomie stratégique, soit elle accepte de demeurer dépendante et vulnérable.
Pour Paris, le temps des débats théoriques est révolu. La question n’est plus de savoir si l’Europe doit se doter de capacités de frappe crédibles, mais à quelle vitesse elle est prête à le faire.
