Le début de l’année 2026 marque pour Kyiv la période la plus critique en matière de sécurité énergétique depuis le début de la guerre à grande échelle de la Russie contre l’Ukraine. Selon Alexandre Khartchenko, directeur du Centre de recherche sur l’énergie, la situation dans la capitale est sans précédent au niveau mondial : il n’y a jamais eu d’attaques sur une ville avec chauffage central en pleine vague de froid avoisinant −15°C.
Une combinaison de froid extrême et d’attaques ciblées
L’expert identifie deux facteurs clés à l’origine de cette crise :
- Des conditions météorologiques extrêmes – la température à Kyiv est descendue à −15°C, mettant en danger le parc immobilier et les infrastructures sociales.
- Des attaques massives sur les infrastructures énergétiques – les centrales thermiques TETS-5 et TETS-6 ainsi que les postes à haute tension ont été endommagés, provoquant de longues coupures de courant et de chauffage.
Khartchenko précise que sans ces attaques, les horaires de fourniture d’électricité auraient été stables : les consommateurs auraient reçu de l’électricité 8 à 10 heures par jour, pour progressivement passer à 4–6 heures, avec une amélioration progressive. Mais désormais, toute prévision est compromise par des attaques imprévisibles.
Conséquences sociales et économiques
Les coupures d’urgence touchent non seulement Kyiv, mais aussi une partie de la région de Kyiv ainsi que les oblasts de Poltava et de Sumy. 400 immeubles dans la capitale restent privés de chauffage, menaçant la santé de la population et le fonctionnement normal des entreprises industrielles.
Ces attaques ont non seulement des conséquences techniques directes, mais aussi un effet psychologique important : les habitants ressentent une instabilité et un risque accru pour leur vie, ce qui complique la gestion de la crise.
Un défi systémique pour le gouvernement
La réponse du gouvernement – mise en place de programmes d’urgence pour la distribution d’électricité et promesse de la Première ministre Ioulia Sviridenko d’assouplir ces programmes en l’absence de nouvelles attaques – montre que l’État tente de trouver un équilibre entre les capacités techniques du système et les besoins sociaux.
La crise énergétique à Kyiv n’est pas seulement une conséquence de la guerre, mais aussi un signal de la vulnérabilité des infrastructures critiques face aux attaques hybrides. Les attaques massives sur les centrales en pleine vague de froid représentent un nouveau niveau de défi pour les gouvernements, qui doivent simultanément protéger la population, soutenir l’industrie et maintenir la stabilité du système énergétique.
La situation à Kyiv montre que les guerres modernes dépassent de plus en plus les lignes de front : les attaques sur les infrastructures civiles et critiques en conditions climatiques extrêmes deviennent partie intégrante de la tactique militaire. Cela crée un besoin urgent de nouvelles stratégies pour protéger les villes, planifier les scénarios d’urgence et développer des infrastructures énergétiques résilientes.
