L’Église orthodoxe russe a envoyé dans la partie occupée du Donbass ukrainien la main droite du prince de Moscou Dmitri Donskoï, mort en 1389. La relique a été présentée comme un symbole destiné à soutenir le moral des militaires russes, rapporte France 24.
Dmitri Donskoï a été canonisé par l’Église orthodoxe russe en 1988. La propagande russe accorde une importance particulière à sa victoire lors de la bataille de Koulikovo en 1380, traditionnellement présentée à Moscou comme une lutte contre la domination mongole.
Une figure historique mise au service de la guerre actuelle
Le transfert de la relique est intervenu après une cérémonie organisée à la fin du mois d’août dans la cathédrale de l’Archange-Saint-Michel du Kremlin à Moscou. Le patriarche Kirill et Vladimir Poutine ont participé à l’événement.
Selon des experts, la présence du président russe montre qu’il ne s’agit pas uniquement d’un rite religieux. La figure de Dmitri Donskoï, présenté comme un prince guerrier, permet au Kremlin de rapprocher l’agression actuelle des récits historiques consacrés à la défense des terres russes contre un ennemi extérieur.
L’Église orthodoxe russe inscrit ainsi la guerre contre l’Ukraine dans sa propre vision historique et religieuse du monde, en la présentant comme un affrontement entre la Russie et l’Occident.
L’Église soutient ouvertement la politique militaire du Kremlin
Les chercheurs soulignent l’imbrication étroite entre les activités du patriarcat de Moscou et la politique de l’État russe. Contrairement au modèle français de séparation stricte entre l’État et les institutions religieuses, les responsables de l’Église russe soutiennent de manière constante l’agenda impérial du Kremlin.
Dans ce contexte, les reliques constituent un instrument particulièrement efficace. Leur présentation publique peut attirer d’importantes foules et créer un sentiment de continuité historique entre les guerres du passé et l’invasion actuelle de l’Ukraine.
L’Église orthodoxe russe avait déjà utilisé une relique d’Alexandre Nevski, présenté comme un ancêtre de Dmitri Donskoï. Elle avait également été transportée dans une partie occupée du territoire ukrainien, avant de disparaître.
Le symbole religieux devient un élément de la machine de guerre
Le recours aux reliques n’est pas le seul moyen utilisé par l’Église pour soutenir la guerre. Des prêtres russes mobilisent également des mythes et des rites religieux au service de l’armée et participent aux activités du service d’aumônerie militaire.
Les experts estiment que cette démarche contribue à construire le concept de « guerre sainte », dans lequel les opérations militaires reçoivent une justification religieuse. La relique de Dmitri Donskoï joue, dans ce dispositif, le rôle d’un symbole matériel destiné à convaincre les militaires russes que leur agression bénéficierait prétendument d’une légitimité historique et divine.
Ainsi, l’image médiévale du prince guerrier n’est plus seulement mobilisée comme élément de mémoire historique, mais devient un instrument de légitimation de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine.
