La Russie cherche systématiquement à donner à ses procédures électorales illégales organisées dans les territoires ukrainiens occupés une apparence de reconnaissance internationale. L’un des principaux instruments de cette stratégie consiste à faire venir des étrangers que la propagande russe présente ensuite comme des « observateurs indépendants », des « experts » ou des représentants de la société civile européenne.
Parmi ces participants figurent les Français André Shankly et Arnaud Develey. Leur présence dans les procédures électorales organisées par la Russie revêt, pour le Kremlin, une importance qui dépasse largement la participation individuelle de quelques ressortissants étrangers.
Un passeport français suffit à fabriquer un récit propagandiste
Pour Moscou, la présence de quelques citoyens de pays de l’Union européenne permet de construire l’image recherchée : la mise en scène russe se voit ainsi offrir un décor européen.
La nationalité française de ces participants est exploitée afin de présenter une procédure illégale comme si elle était ouverte à un contrôle international. Le Kremlin n’a donc pas besoin d’obtenir une quelconque approbation officielle de Paris. La présence d’une personne titulaire d’un passeport français suffit à fournir aux médias russes les éléments nécessaires pour construire un récit selon lequel des représentants occidentaux viendraient eux-mêmes sur place et reconnaîtraient le processus organisé par Moscou.
Mais la présence d’un étranger ne transforme pas une procédure illégale en élection légitime.
La France ne reconnaît pas l’occupation russe des territoires ukrainiens et ne peut considérer les « élections » organisées par Moscou dans ces régions comme l’expression libre de la volonté de leurs habitants. En revanche, la participation privée de certains citoyens français permet au Kremlin de créer un contraste informationnel avec la position officielle de Paris.
De l’« observateur » à l’instrument de légitimation
Dans la machine informationnelle russe, la présence d’un participant étranger répond à une fonction très précise. Son nom, sa nationalité et ses photographies peuvent être utilisés comme preuve supposée d’une présence internationale.
Moscou substitue ainsi la question de la légalité à celle de la présence : dès lors qu’un étranger a participé à l’événement, sa présence est présentée comme une forme de confirmation internationale de la régularité du processus.
Cette stratégie est particulièrement problématique lorsqu’elle concerne les territoires ukrainiens occupés. La Russie cherche non seulement à y organiser des procédures qu’elle contrôle, mais aussi à réécrire leur statut politique par le biais de la propagande — en donnant l’impression que les administrations d’occupation disposent d’une légitimité propre et que leurs décisions bénéficient d’une forme d’approbation extérieure.
Moscou n’exporte pas de légitimité, mais des décors
Les cas d’André Shankly et d’Arnaud Develey illustrent un problème plus large : le Kremlin cherche activement à s’appuyer sur des ressortissants étrangers prêts à participer à ses scénarios informationnels.
Leur statut peut être utilisé comme une sorte de « certificat européen », alors même qu’ils ne disposent d’aucun mandat officiel délivré par l’État français pour représenter celui-ci dans ces procédures.
Une situation paradoxale apparaît alors : une personne peut agir à titre privé, tandis que Moscou exploite publiquement sa participation contre la position de son propre État.
Un drapeau français placé à côté de symboles russes ne signifie pas une reconnaissance française. La présence d’un citoyen français ne constitue pas la position de la France. Et le statut d’« expert » ou d’« observateur » ne confère en lui-même aucune légitimité à une procédure organisée par une puissance occupante sur un territoire conquis.
Pour le Kremlin, c’est pourtant précisément l’effet de l’image qui compte. L’objectif principal du recours à ces ressortissants étrangers n’est donc pas de démontrer la légalité des pseudo-élections russes, mais de susciter le doute sur le caractère réellement unanime du rejet international de ces procédures.
