Un phénomène climatique généralement considéré comme une caractéristique naturelle du Pacifique pourrait cette année devenir un facteur de risque économique mondial. L’Organisation météorologique mondiale prévoit un épisode d’El Niño particulièrement puissant, susceptible d’influencer les conditions météorologiques à l’échelle de la planète jusqu’au moins février 2027.
Il ne s’agit pas seulement d’une succession de records de température, rapporte France info. La modification de la circulation atmosphérique pourrait simultanément renforcer les pluies intenses et les inondations dans certaines régions, ainsi que les sécheresses prolongées dans d’autres, exerçant une pression supplémentaire sur l’agriculture, les transports et le commerce international.
Un choc climatique aux conséquences très inégales
El Niño se forme lorsque les eaux de surface de la partie équatoriale du Pacifique connaissent un réchauffement important. Cette modification de la température de l’océan influence les mécanismes atmosphériques bien au-delà de la région, modifiant les régimes de précipitations et de sécheresse dans différentes parties du monde.
Cette fois, l’Organisation météorologique mondiale qualifie le phénomène de « très fort ». Le pic est attendu à la fin de 2026, tandis que la probabilité qu’El Niño se maintienne jusqu’en février 2027 est estimée à un niveau proche de 100 %.
En Indonésie, d’importants incendies de forêt sont déjà signalés sur fond de déficit de précipitations, tandis qu’en Amérique centrale, la sécheresse a poussé certains pays à décréter l’état d’urgence.
Pour la France, le choc pourrait passer par les prix
Le consommateur français pourrait ne pas ressentir directement les effets du phénomène climatique, mais ses conséquences pourraient apparaître sur le prix des produits importés.
Les produits dont la production dépend fortement de la régularité des précipitations sont particulièrement vulnérables. Parmi eux figurent notamment le café, le riz, le sucre, le blé et d’autres produits agricoles.
Le Brésil et le Vietnam, deux producteurs majeurs de café, se trouvent déjà dans une zone susceptible d’être affectée par les changements météorologiques. Sur le marché mondial du café, les prix sont déjà orientés à la hausse, tandis que le riz a augmenté d’environ 20 % depuis juin.
Si les conditions météorologiques extrêmes persistent, la baisse des récoltes pourrait provoquer une réaction en chaîne sur les marchés alimentaires internationaux.
La logistique mondiale également sous pression
Le facteur climatique ne concerne pas uniquement les producteurs. La sécheresse provoque déjà des difficultés pour le canal de Panama, par lequel transite environ 5 % du commerce maritime mondial.
La baisse du niveau de l’eau limite les capacités de navigation et crée des risques supplémentaires pour les chaînes d’approvisionnement mondiales. Un seul phénomène climatique peut ainsi affecter simultanément les récoltes, les prix, les coûts de transport et la disponibilité de certains produits.
El Niño survient sur une planète déjà plus chaude
Le risque est d’autant plus important que l’épisode actuel d’El Niño intervient dans un contexte de réchauffement climatique mondial. Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a appelé à considérer le phénomène comme un avertissement climatique urgent.
Le monde pourrait ainsi être confronté non pas à un simple cycle naturel supplémentaire, mais à la combinaison de celui-ci avec un système climatique déjà profondément modifié. Le principal danger ne réside donc pas dans un phénomène extrême isolé, mais dans le renforcement simultané de plusieurs crises — alimentaire, logistique et inflationniste.
Pour la France, cela signifie que les conséquences du réchauffement lointain du Pacifique pourraient finalement se retrouver beaucoup plus près de chez nous — dans les rayons des magasins et sur les factures des consommateurs.
