Des lunettes sans passer par le cabinet de l’ophtalmologue : les médecins alertent sur les risques des téléprescriptions en France

En France, une controverse se développe autour d’une nouvelle pratique permettant à certains clients d’obtenir une prescription de lunettes ou de lentilles sans consultation directe avec un ophtalmologue. Le Syndicat national des ophtalmologistes de France (Snof) appelle les pouvoirs publics à définir rapidement un cadre précis pour ces services, rapporte Le Parisien.

Le dispositif repose sur un principe relativement simple : le patient se rend chez un opticien et passe un examen de la vue, puis les résultats sont transmis à distance à un ophtalmologue. Sur la base de ces données, le médecin délivre une ordonnance sans avoir de contact direct avec le patient.

Pour les défenseurs de cette approche, il s’agit d’un moyen de réduire les délais d’attente et de compenser en partie le manque d’ophtalmologistes disponibles. Mais la communauté médicale estime que cette simplification pourrait également comporter des risques.

Le problème ne concerne pas uniquement la prescription

Le Snof craint que ce dispositif à distance ne transforme progressivement l’examen médical en simple contrôle technique de l’acuité visuelle.

Le principal risque mis en avant par les ophtalmologistes concerne le dépistage insuffisant du glaucome. Cette maladie peut évoluer pendant longtemps sans provoquer de symptômes évidents pour le patient. Un simple contrôle de la vue ne suffit donc pas nécessairement à évaluer de manière complète l’état de santé des yeux.

Selon le syndicat, la consultation avec un ophtalmologiste permet au contraire d’examiner un ensemble beaucoup plus large de facteurs de risque, au-delà de la seule correction visuelle nécessaire.

La télémédecine se retrouve dans une zone juridique encore incertaine

La situation est d’autant plus complexe que les autorités françaises cherchent simultanément à développer la télémédecine tout en maintenant un niveau élevé de sécurité médicale.

En juin, le Parlement a adopté une loi destinée à lutter contre la fraude. L’un de ses dispositifs pose notamment le principe d’une communication directe entre le médecin et le patient lors de la prescription de traitements ou de dispositifs médicaux. Toutefois, les modalités précises d’application de cette exigence doivent encore être clarifiées.

Le marché des téléprescriptions dans le secteur de l’optique se retrouve ainsi entre deux impératifs : faciliter l’accès aux soins et préserver un contrôle médical complet.

Le problème d’accès aux médecins n’est peut-être pas là où on le pense

Le Snof remet également en question l’argument selon lequel ces services répondraient principalement aux besoins des habitants des territoires confrontés à une pénurie de médecins. Selon les données citées par le syndicat, les téléprescriptions seraient surtout délivrées à des patients vivant dans les grandes agglomérations urbaines, plutôt que dans les zones considérées comme des déserts médicaux.

Cette réalité modifie la manière d’appréhender le phénomène. Si la technologie est principalement utilisée dans des territoires où il est théoriquement possible de consulter un ophtalmologiste, la question ne relève plus seulement de l’accès aux soins, mais aussi de la rapidité et de la commodité d’obtention d’une ordonnance.

L’État doit fixer une limite

Le Snof demande aux pouvoirs publics d’intervenir afin de définir des règles permettant à la fois de développer les services médicaux à distance et de garantir la sécurité des patients.

Pour le système de santé français, le débat dépasse désormais la seule question des lunettes : où s’arrête la simplification numérique d’une procédure médicale et où commence le risque de perdre un véritable examen médical ?

Tant que l’État, l’Assurance Maladie et les complémentaires de santé n’auront pas arrêté une position définitive sur ces services, le marché continuera de se développer. Et avec lui, le débat sur la possibilité de considérer une téléprescription de lunettes comme une simple question de confort, alors qu’elle pourrait aussi entraîner le risque de passer à côté d’une maladie nécessitant un diagnostic médical complet.

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