Alors que le chômage progresse en France et que France Travail doit accompagner un nombre croissant de demandeurs d’emploi, le gouvernement prévoit de réduire une nouvelle fois les effectifs de l’opérateur public. Le projet de budget pour 2027 prévoit la suppression de 400 postes, après une baisse de 515 emplois inscrite au budget 2026. Une décision qui soulève une question : comment demander davantage à France Travail tout en réduisant ses moyens humains ?
Selon les données publiées par l’Insee, le taux de chômage a atteint 8,3 % de la population active au deuxième trimestre 2026, soit une hausse de 0,2 point en trois mois et de 0,7 point sur un an. La France compte désormais environ 2,7 millions de chômeurs au sens du Bureau international du travail, soit 261 000 de plus qu’un an auparavant. Le chômage atteint ainsi son niveau le plus élevé depuis 2020, année marquée par la crise sanitaire.
La situation est particulièrement préoccupante chez les jeunes : le taux de chômage des 15-24 ans atteint 21,6 %. Il progresse également chez les 25-49 ans et les plus de 50 ans.
400 postes de moins après 515 en 2026
C’est dans ce contexte que le projet de loi de finances pour 2027, présenté le 1er octobre, prévoit 400 suppressions de postes à France Travail ainsi qu’une diminution de sa subvention pour charges de service public.
L’effort demandé ne concerne d’ailleurs pas uniquement l’opérateur. Les politiques de l’emploi figurent parmi les secteurs fortement sollicités par le gouvernement pour réduire le déficit public. La mission budgétaire « Travail, emploi et administration des ministères sociaux » passerait de 20,82 milliards d’euros de crédits de paiement en 2026 à 18,85 milliards en 2027.
Au total, les économies touchant les politiques de l’emploi sont estimées à environ 2,5 milliards d’euros. France Compétences, le compte personnel de formation et les dispositifs d’insertion sont également concernés.
France Travail avait déjà vu son plafond d’emplois diminuer de 515 équivalents temps plein dans le budget 2026. Si les 400 nouvelles suppressions prévues pour 2027 sont adoptées, l’opérateur connaîtrait donc deux années consécutives de réduction de ses effectifs.
Davantage de personnes à accompagner
Le paradoxe est d’autant plus visible que les missions de France Travail se sont élargies avec la mise en œuvre de la loi pour le plein emploi.
Depuis 2025, l’inscription à France Travail a été étendue notamment aux bénéficiaires du RSA ainsi qu’à certains jeunes accompagnés par les Missions locales. Cette transformation doit permettre un suivi plus systématique des personnes éloignées de l’emploi.
L’Insee souligne d’ailleurs que cette réforme a elle-même un effet statistique : sur les six premiers trimestres de sa mise en œuvre, l’inscription des bénéficiaires du RSA et des jeunes de 15 à 29 ans à France Travail explique près de la moitié de l’augmentation mesurée du nombre de chômeurs.
Cela signifie que la hausse du taux de chômage ne peut pas être interprétée uniquement comme une destruction massive d’emplois. Une partie provient de personnes auparavant moins visibles dans les statistiques et désormais enregistrées comme demandeurs d’emploi. Mais ces personnes doivent malgré tout être accueillies, orientées et accompagnées par France Travail.
Le gouvernement invoque l’effort budgétaire
L’exécutif défend ces réductions dans le cadre d’un effort beaucoup plus large destiné à redresser les finances publiques. Pour 2027, le gouvernement vise un déficit public de 5 % du PIB et estime nécessaire un effort total de 54 milliards d’euros, dont 43 milliards directement portés par les textes budgétaires présentés cette année.
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a assumé la contribution importante de son ministère au redressement des comptes publics.
Concernant France Travail, le projet budgétaire mise notamment sur une « optimisation du recours aux prestations externalisées ». Les suppressions de postes ne signifient pas nécessairement 400 licenciements : une réduction des effectifs peut notamment être réalisée en ne remplaçant pas certains départs.
Mais la question des moyens reste entière lorsque le chômage augmente et que les missions confiées à l’opérateur s’élargissent.
Faire plus avec moins ?
La réduction des effectifs de France Travail illustre ainsi l’une des contradictions auxquelles le gouvernement est confronté : réduire fortement les dépenses publiques tout en maintenant des services capables de répondre à une situation sociale qui se détériore.
Pour les demandeurs d’emploi, l’enjeu est concret. Moins de personnel peut potentiellement signifier davantage de dossiers par conseiller, moins de temps consacré à chaque personne ou un recours accru aux outils numériques et aux prestataires extérieurs.
Pour le gouvernement, le pari est inverse : réorganiser France Travail et réaliser des gains d’efficacité permettant de maintenir l’accompagnement avec moins de moyens.
Reste que les 400 suppressions de postes ne sont pas encore définitivement actées. Elles figurent dans le projet de loi de finances pour 2027, déposé à l’Assemblée nationale le 1er octobre. Le texte doit désormais passer par le débat parlementaire et peut encore être modifié.
À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, la question dépasse donc largement le fonctionnement interne de France Travail. Elle pose un choix politique plus général : jusqu’où la France peut-elle réduire ses dépenses consacrées à l’emploi au moment même où le chômage repart à la hausse ?
