Moody’s pourrait abaisser la note de crédit de la France au niveau auquel l’évaluent déjà Fitch et S&P. Entre croissance économique atone, creusement du déficit budgétaire et difficultés politiques, Paris risque de devoir payer davantage pour financer sa dette publique.
Le 23 octobre, l’agence de notation Moody’s doit annoncer sa décision concernant la note de crédit de la France, rapporte France 24. Les économistes jugent une dégradation tout à fait probable : les finances publiques du pays restent sous pression et les perspectives de réduction du déficit se détériorent.
Moody’s attribue actuellement à la France la note Aa3, assortie d’une perspective négative. Cette évaluation signale un risque de nouvelle dégradation. Fitch et S&P ont, de leur côté, déjà abaissé la note française à A+, avec une perspective stable.
Selon Éric Dor, directeur des études économiques à l’école de commerce IESEG, Moody’s pourrait aligner son évaluation sur celles des deux autres agences et ramener la note de la France à A1.
Des indicateurs économiques qui assombrissent les perspectives
Parmi les facteurs susceptibles d’influencer la décision de l’agence figurent une croissance économique plus faible que prévu et les difficultés rencontrées pour assainir les finances publiques.
D’après les données citées dans l’article, le déficit public français pourrait atteindre 5,4 % du PIB en 2026. En septembre, l’inflation annuelle est remontée à 3,1 %, tandis que la prévision de croissance économique a été révisée à la baisse, à 0,4 %.
Moody’s avait précédemment évoqué la possibilité d’une dégradation en cas d’incapacité des responsables politiques à résoudre les principaux problèmes des finances publiques, de difficultés persistantes à réduire le déficit ou de suspension de la réforme des retraites.
En avril, l’agence avait toutefois décidé de maintenir la note. Le déficit enregistré en 2025, qui s’élevait à 5,1 % du PIB, était inférieur aux prévisions de Moody’s, et l’objectif de le ramener à 5 % en 2026 semblait alors atteignable. Les indicateurs économiques publiés depuis ont remis ces perspectives en question.
Le coût de la dette publique augmente
Le coût du financement de la dette française constitue une autre source d’inquiétude. Selon les prévisions, la dette publique pourrait atteindre 121,7 % du PIB en 2027.
La présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, a mis en garde contre le risque d’un véritable étouffement financier si les autorités ne parviennent pas à infléchir la trajectoire de la dette.
L’année prochaine, la France devra verser environ 91 milliards d’euros d’intérêts sur sa dette publique. Le pays conserve pour l’instant son accès aux marchés financiers, mais ses emprunts lui coûtent de plus en plus cher.
La situation sur le marché obligataire est révélatrice : jeudi, le rendement des obligations françaises à dix ans s’est établi à 5,07 %. Il dépassait ainsi de 1,74 point de pourcentage celui des obligations allemandes, l’Allemagne étant considérée par les investisseurs comme l’un des emprunteurs les plus sûrs d’Europe.
Les décisions budgétaires compliquées par la situation politique
Les difficultés financières se conjuguent à l’instabilité politique et au mécontentement social. À environ six mois de l’élection présidentielle française, il devient de plus en plus difficile pour le gouvernement de trouver un compromis budgétaire avec l’opposition.
Dans ce contexte, l’exécutif doit à la fois rechercher des moyens de réduire le déficit et tenir compte de la résistance de l’opinion publique aux mesures impopulaires. Cette contrainte réduit sa marge de manœuvre budgétaire et complique l’élaboration d’une stratégie financière à long terme.
Une éventuelle dégradation de la note par Moody’s constituerait un signal supplémentaire adressé aux investisseurs quant aux risques pesant sur l’économie française. Elle n’entraînerait pas automatiquement une perte d’accès au crédit, mais, si l’endettement reste élevé et les emprunts coûteux, elle pourrait accentuer la pression sur les finances publiques.
