Iran : un logiciel russe traque les manifestants dans tout le pays

L’Iran aurait utilisé un logiciel russe de reconnaissance faciale pour identifier et surveiller des manifestants lors de vagues de protestation. Cette technologie, capable d’analyser des images issues de caméras de surveillance, aurait permis aux autorités de repérer rapidement des opposants dans l’espace public et d’élargir leur système de contrôle de la population.

Selon une enquête internationale, ce dispositif s’inscrit dans un arsenal numérique de surveillance déjà très développé dans le pays, qui comprend caméras, drones, bases de données biométriques et filtrage d’Internet.

Une technologie acquise via des sociétés écrans

Selon Le Monde, l’Iran a acquis entre 2019 et 2021 le logiciel FindFace, développé par la société russe NtechLab, spécialisée dans les technologies d’intelligence artificielle et de reconnaissance faciale. Les documents consultés par les journalistes indiquent que l’achat s’est effectué via des sociétés écrans iraniennes, afin de contourner les sanctions internationales et d’éviter toute trace directe reliant ces transactions au régime.

Le logiciel aurait ensuite été vendu ou transféré à plusieurs institutions liées au pouvoir, notamment des structures proches des Gardiens de la révolution et du ministère iranien du Renseignement.

Un expert du secteur de la cybersécurité iranienne, cité dans l’enquête, explique :

« Ils ne veulent laisser aucune trace. Les sociétés écrans travaillent ensemble et servent d’intermédiaires pour les services de sécurité. »

Un système capable de cartographier toute une société

Grâce à cette technologie, les autorités pourraient identifier un individu à partir d’une simple image captée par une caméra. Les images provenant de caméras de rue, de commerces ou même de stations de métro peuvent alimenter la base de données du système.

Un autre spécialiste souligne :

« L’objectif est de créer une sorte de graphe social permettant de savoir qui connaît qui et de suivre les individus partout. »

Le régime possède déjà d’importantes bases de données contenant des photos issues de passeports, permis de conduire ou cartes d’identité, ce qui renforce encore l’efficacité du système.

Des risques majeurs pour les libertés

Même si la reconnaissance faciale reste imparfaite et peut provoquer des erreurs, les experts estiment que ces technologies offrent au pouvoir un outil puissant pour étouffer toute contestation.

Dans un contexte de tensions politiques et de protestations récurrentes, l’utilisation de ces technologies de surveillance soulève de sérieuses inquiétudes pour les droits humains et la protection de la vie privée en Iran.

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