Le passage de la majorité aux démocrates dans les deux chambres du Congrès leur donne la possibilité de bloquer les initiatives législatives de Donald Trump, de revoir les décisions budgétaires de son administration et d’ouvrir des enquêtes visant le président, son entourage et des responsables gouvernementaux. Ils ne pourront toutefois pas paralyser entièrement la Maison-Blanche : le chef de l’État conserve son droit de veto ainsi que de larges prérogatives exécutives, rapporte France info.
À l’issue des élections de mi-mandat de 2026, les démocrates ont remporté la majorité au Sénat, puis, le 4 novembre, à la Chambre des représentants. Les républicains ont perdu plus de 20 sièges dans cette dernière, où ils ne disposaient auparavant que d’une avance limitée. Au Sénat, les démocrates ont également obtenu plus de 51 sièges.
Ce changement de rapport de force annonce une confrontation parlementaire plus intense durant les deux dernières années du mandat de Donald Trump. Selon Ludivine Gilli, historienne et directrice de l’Observatoire de l’Amérique du Nord de la Fondation Jean-Jaurès, la perte de la majorité républicaine réduira en partie la marge de manœuvre du président pour mettre en œuvre son programme.
Les démocrates préparent leur propre programme législatif
L’une des premières initiatives de l’opposition pourrait consister à promouvoir des propositions de loi alternatives. Selon The New York Times, Hakeem Jeffries, chef des démocrates à la Chambre des représentants, prévoit de présenter plusieurs textes dès janvier.
Parmi les priorités évoquées par ses alliés figurent l’annulation des réductions de financement du programme d’assurance maladie Medicaid, la révision de la politique tarifaire et une demande adressée à Donald Trump pour qu’il mette fin à la guerre au Moyen-Orient, lancée conjointement avec Israël le 28 février.
Les démocrates entendent également renforcer le contrôle des activités de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE), obtenir une hausse du salaire minimum et élargir les avantages fiscaux destinés à la construction de logements abordables. Une partie de ces propositions vise à alléger le coût de la vie pour les Américains.
Toutefois, même le soutien des deux chambres ne garantit pas l’adoption de ces textes. Donald Trump peut opposer son veto aux projets de loi. Il a déjà annoncé qu’il bloquerait les initiatives législatives des démocrates, ce qui obligerait les deux camps à rechercher un compromis.
L’opposition espère que le soutien de certains électeurs à ses propositions et la disposition d’une partie des républicains à voter avec elle compliqueront le recours présidentiel au veto. Donald Trump conserve néanmoins la possibilité de faire davantage usage des décrets exécutifs.
Le contrôle du budget fédéral constitue un autre levier important. C’est au Congrès qu’il revient de déterminer l’affectation des fonds publics. Les parlementaires pourront donc limiter les financements consacrés à certains axes de la politique de l’administration.
Les affaires financières de Trump et de son entourage pourraient faire l’objet d’enquêtes
Les investigations parlementaires devraient également figurer parmi les priorités de la nouvelle majorité. À la Chambre des représentants, les démocrates pourront réclamer des documents, convoquer des responsables à des auditions et examiner l’utilisation des fonds publics.
Hakeem Jeffries a déjà annoncé son intention de demander des comptes aux personnes susceptibles d’être impliquées dans des faits de corruption. Selon la BBC, les enquêtes pourraient notamment porter sur des opérations financières liées à des membres de la famille du président et à des représentants de son administration.
Le représentant de Virginie Suhas Subramanyam a expliqué que les démocrates souhaitaient vérifier si l’argent des contribuables était utilisé conformément à sa destination et si certaines dépenses publiques pouvaient être liées à des pratiques de corruption.
De son côté, le député du Maryland Jamie Raskin a annoncé son intention d’examiner les opérations liées aux cryptomonnaies impliquant la famille Trump et des membres du gouvernement.
Certains responsables de l’administration pourraient également être concernés. L’historienne Ludivine Gilli estime notamment que les vérifications pourraient porter sur le secrétaire à la Défense Pete Hegseth, en raison des actions américaines dans la guerre contre l’Iran et des frappes contre des navires dans les Caraïbes. Les activités d’Elon Musk, qui a précédemment dirigé le Département de l’efficacité gouvernementale, pourraient aussi être examinées.
Le Sénat peut bloquer les nominations de la Maison-Blanche
Le contrôle de la chambre haute offre aux démocrates des moyens supplémentaires de peser sur l’administration. Le Sénat confirme les nominations des ministres, des ambassadeurs et des juges fédéraux. La nouvelle majorité pourra donc retarder ou rejeter les choix de Donald Trump.
Selon Ludivine Gilli, cette situation risque de compliquer considérablement la formation des institutions publiques et la nomination de responsables par le président.
Les démocrates envisageront-ils une nouvelle procédure de destitution ?
Le changement de majorité au Congrès relance également la question d’une éventuelle procédure de destitution contre Donald Trump. Hakeem Jeffries n’a pas exclu cette possibilité, mais les démocrates restent divisés sur l’opportunité d’engager une telle démarche.
Les précédentes tentatives de destitution du président n’ont pas abouti. En outre, une condamnation par le Sénat nécessite une majorité des deux tiers, ce qui obligerait les démocrates à obtenir le soutien d’un nombre important de républicains.
Certains élus craignent qu’une nouvelle procédure soit perçue par l’opinion publique comme un épisode de confrontation politique plutôt que comme une réponse à des violations précises. Pour l’heure, la destitution reste donc un scénario possible, mais ne constitue pas une stratégie approuvée par l’ensemble du Parti démocrate.
Le contrôle du Congrès donne aux démocrates les moyens de renforcer la surveillance parlementaire, d’influer sur les décisions budgétaires et de compliquer la mise en œuvre du programme présidentiel. Donald Trump conserve cependant la maîtrise du pouvoir exécutif, tandis que l’adoption des principales mesures législatives dépendra de la capacité des deux camps à trouver des compromis au Congrès.
