À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, le Rassemblement national apparaît en tête des intentions de vote dans plusieurs enquêtes d’opinion. Cette dynamique ne repose plus uniquement sur son électorat traditionnel. Depuis plusieurs années, le parti dirigé par Jordan Bardella et porté par Marine Le Pen attire des catégories d’électeurs qui lui étaient auparavant largement défavorables.
Selon la Fondation pour l’innovation politique, dans une note du politologue Pascal Perrineau publiée en juillet 2026, le Rassemblement national a progressivement franchi plusieurs barrières sociales et culturelles. Le parti continue de bénéficier d’un fort soutien des classes populaires, mais il progresse également auprès des seniors, des diplômés de l’enseignement supérieur et des cadres, signe d’un élargissement de sa base électorale.
Une progression électorale qui s’inscrit dans la durée
L’ascension du Rassemblement national ne date pas des derniers mois. Depuis que Marine Le Pen a succédé à Jean-Marie Le Pen à la tête du parti en 2011, la stratégie de « dédiabolisation » a progressivement modifié son image auprès d’une partie de l’opinion.
Cette évolution s’est traduite dans les urnes. Lors des élections législatives anticipées de 2024, le RN a obtenu 33,2 % des suffrages au premier tour, son meilleur résultat à l’échelle nationale. Depuis, les enquêtes d’opinion le placent régulièrement en tête pour la prochaine élection présidentielle. Toutefois, les sondages mesurent un état de l’opinion à un moment donné et ne constituent pas une prévision du résultat final.
Le sentiment de déclassement au cœur des analyses
Les travaux de Pascal Perrineau mettent en avant un facteur commun à une partie des électeurs du RN : le sentiment de déclassement. Celui-ci ne concerne pas uniquement les revenus, mais aussi la perception d’un recul du niveau de vie, d’une perte de reconnaissance sociale ou d’une transformation rapide de la société.
Le politologue évoque également une « insécurité culturelle », un concept utilisé pour décrire le sentiment, chez certains citoyens, que les repères sociaux, culturels ou identitaires évoluent trop rapidement. Cette perception touche des profils variés, ce qui contribue à expliquer l’élargissement du soutien au RN.
Une offre politique qui profite du contexte
Par ailleurs, plusieurs chercheurs estiment que la fragmentation du paysage politique favorise la progression du Rassemblement national. Les difficultés des partis traditionnels, les divisions au sein de la gauche et de la droite ainsi que les crises politiques successives ont modifié les équilibres électoraux.
Dans ce contexte, le RN bénéficie d’une image de stabilité auprès d’une partie de ses électeurs. D’autres analyses soulignent également que les thèmes liés à l’immigration, au pouvoir d’achat, à la sécurité et aux services publics occupent une place importante dans les préoccupations exprimées par les Français lors de plusieurs enquêtes d’opinion.
Une présidentielle encore ouverte
Malgré son avance dans les sondages, l’élection présidentielle de 2027 reste très ouverte. La campagne n’a pas encore réellement commencé et plusieurs candidatures ne sont pas officiellement déclarées.
Les spécialistes rappellent également que les intentions de vote peuvent évoluer au fil des débats, de la situation économique ou de l’actualité internationale. Si le Rassemblement national aborde l’échéance dans une position favorable, le scrutin dépendra aussi du niveau de participation, des alliances éventuelles et de la capacité des autres formations politiques à convaincre un électorat encore indécis.
