Vincent Duclert estime que l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir menacerait les traditions qui fondent la France

L’historien Vincent Duclert relance, ce samedi 10 octobre 2026, le débat sur l’utilisation politique de l’histoire de France. À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, il critique la manière dont l’extrême droite présente certains épisodes du passé national. Ses prises de position accompagnent la publication d’un ouvrage collectif consacré aux relations entre mémoire, nationalisme et démocratie.

Selon Le Monde, Vincent Duclert considère que certains récits historiques défendus par l’extrême droite reposent sur une sélection idéologique des événements. Le chercheur, spécialiste de l’histoire des sociétés démocratiques et des génocides, s’inquiète des conséquences de ces interprétations sur le débat public. Ses analyses interviennent alors que plusieurs formations politiques cherchent à redéfinir la notion de patriotisme.

Un ouvrage collectif consacré aux usages politiques de l’histoire

Publié le 1er octobre 2026 aux éditions Philippe Rey, Les Faussaires de la nation rassemble 53 historiens et intellectuels. Vincent Duclert et la journaliste Maria Malagardis ont dirigé cet ouvrage de 624 pages.

Les auteurs examinent différents épisodes de l’histoire française, notamment l’affaire Dreyfus, le régime de Vichy et la colonisation. Ils étudient également les discours contemporains sur l’immigration et l’identité nationale.

D’après Sorbonne Université, le livre repose sur une confrontation entre affirmations politiques et travaux historiques. Les contributeurs souhaitent distinguer les connaissances établies des interprétations idéologiques.

Le patriotisme au centre des désaccords politiques

La notion de patriotisme occupe une place importante dans les discours du Rassemblement national. Marine Le Pen et Jordan Bardella mettent régulièrement en avant la souveraineté, l’identité nationale et la défense des intérêts français.

Vincent Duclert conteste toutefois leur interprétation de cet héritage. Il défend une conception du patriotisme fondée sur les libertés publiques, l’égalité des citoyens et les principes républicains.

Cette opposition reflète un débat ancien. En effet, les différentes traditions politiques françaises ne donnent pas toujours le même sens à la nation. Pour certains courants, elle repose principalement sur une histoire, une culture et des traditions communes. D’autres insistent davantage sur la citoyenneté, les institutions et l’adhésion à des principes politiques.

Le passé du Rassemblement national fait débat

L’histoire du Front national, devenu Rassemblement national en 2018, constitue un autre point de désaccord. Fondé en 1972, le parti a notamment compté parmi ses premiers membres des personnalités issues de différentes traditions nationalistes. Certaines étaient liées à des mouvements collaborationnistes.

Marine Le Pen a ensuite engagé une stratégie de transformation de l’image du parti. En 2015, elle a notamment exclu son père, Jean-Marie Le Pen, après de nouveaux désaccords publics. Cependant, les historiens continuent d’étudier la place de cet héritage dans les discours actuels du RN. Le parti affirme pour sa part avoir rompu avec plusieurs positions de son fondateur.

La question concerne donc autant l’histoire de l’organisation que l’évolution de son programme et de ses dirigeants.

L’histoire nationale revient dans la campagne présidentielle

À l’approche de 2027, les références à la nation dépassent largement le Rassemblement national.

Jean-Luc Mélenchon et Raphaël Glucksmann ont également intégré le patriotisme à leurs discours politiques. Ils cherchent notamment à associer l’idée nationale à des projets sociaux, démocratiques ou européens. Par ailleurs, les symboles républicains occupent une place importante dans cette évolution. Le drapeau tricolore et La Marseillaise apparaissent dans des rassemblements de sensibilités politiques différentes.

Ainsi, la définition du patriotisme devient un sujet de confrontation entre plusieurs courants. Les désaccords portent notamment sur la souveraineté, l’immigration, les institutions et la place de la France en Europe.

Le rôle des historiens dans le débat démocratique

Les travaux historiques reposent sur l’étude des archives, la comparaison des sources et la confrontation des interprétations. Cette méthode permet de corriger certaines affirmations inexactes sur le passé.

Toutefois, les historiens peuvent aussi défendre des positions publiques. Il convient alors de distinguer leurs résultats scientifiques de leurs jugements politiques.

Dans le cas de Vincent Duclert, la publication de l’ouvrage s’accompagne d’une critique explicite de l’extrême droite. Ses conclusions politiques ne constituent donc pas une position partagée automatiquement par l’ensemble de la profession.

Le débat rappelle néanmoins l’importance de vérifier les références historiques utilisées dans les discours électoraux. Les citoyens peuvent ainsi comparer les affirmations des responsables politiques avec les connaissances disponibles.

Un débat appelé à se poursuivre jusqu’en 2027

La publication des Faussaires de la nation intervient dans un contexte de forte concurrence entre les différentes visions de l’identité française.

Les prochaines discussions politiques devraient continuer à mobiliser des références à la Révolution française, à la Résistance et à l’histoire républicaine.

Cependant, ces événements peuvent recevoir des interprétations différentes selon les acteurs et les périodes.

L’enjeu consiste donc à distinguer les faits historiques documentés des usages politiques qui en sont faits. À l’approche de la présidentielle, cette distinction occupe une place importante dans le débat public français.

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