Quand l’IA devient invisible : les traducteurs face à un basculement historique

Dans le monde de l’édition, l’intelligence artificielle s’impose progressivement comme un outil de traduction. Pour de nombreux traducteurs littéraires, cette évolution ressemble à un basculement irréversible. Ils redoutent une disparition massive des emplois et une généralisation de traductions produites par des machines, parfois sans mention explicite de leur utilisation par les éditeurs.

Selon Le Monde, Karine Reignier-Guerre, traductrice anglais-français et enseignante à l’université, observe ce phénomène avec inquiétude.

« Je n’aurais jamais cru que, de mon vivant, je verrais disparaître mon métier. C’est pourtant ce qu’il se passe. »

Former face au choc technologique

Plutôt que d’ignorer la mutation en cours, elle choisit de la confronter avec ses étudiants en master de traduction littéraire. Depuis 2020, elle leur propose un exercice comparatif. Les étudiants traduisent un extrait de cosy mystery, un genre à l’écriture simple et codifiée. Elle y ajoute une traduction générée par un logiciel comme DeepL, sans révéler son origine.

« Il y a trois ans encore, tous faisaient immédiatement la différence. Aujourd’hui, presque tous se trompent. »

La frontière entre traduction humaine et traduction automatisée devient floue. Les marqueurs stylistiques disparaissent. La machine progresse.

Un avenir incertain pour la création

Cette évolution soulève une question majeure : demain, quels livres mériteront encore une traduction humaine ? Pour beaucoup de professionnels, seuls quelques ouvrages littéraires ou de sciences humaines échapperont à l’automatisation. Le reste pourrait être confié à des algorithmes, au risque d’appauvrir la création et de transformer durablement le paysage culturel.

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