Nicolas Dufourcq, directeur de Bpifrance : «La réindustrialisation de la France est sur un plateau»

Le directeur de Bpifrance s’exprime dans le JDD. Il réagit aux 150 projets inspirés de « la méthode Notre-Dame » qu’Emmanuel Macron a récemment annoncés. Selon Le Journal du Dimanche, la réindustrialisation prend autant de temps que la désindustrialisation. Pendant vingt ans, jusqu’en 2008, la France a réduit son industrie quasiment de moitié. Ce processus a commencé dès les années 1970-1980, notamment dans l’acier et le charbon.

Les 150 projets s’inscrivent dans un travail engagé depuis 15 ans. On y trouve des start-up industrielles, le plan deeptech, France Relance et France 2030. Mais les concurrents restent puissants. La complexification, la hausse des impôts et la multiplication des normes en Europe soufflent un vent contraire. « On fait au mieux avec ce que l’on a », explique Dufourcq. La France ne dispose pas des budgets des collectivités locales chinoises.

Sur certains secteurs émergents (informatique quantique, spatial, recyclage), tout le monde part de la même ligne. Dufourcq appelle à une protection agile, produit par produit, en ajustant les tarifs douaniers selon les subventions chinoises. Il ne croit pas à une relocalisation globale, seulement dans quelques secteurs stratégiques.

La France reste aujourd’hui le grand pays qui a le plus désindustrialisé son économie. Une grande partie des ouvriers ne travaillent pas physiquement dans l’Hexagone, mais dans des filiales à l’étranger. Le pays s’est placé dans une intense dépendance dès les années 2000. Aujourd’hui, ses marges de manœuvre budgétaires sont extrêmement faibles. Dufourcq est très clair : la France ne devrait pas s’endetter pour financer ses prestations sociales. On ne remet pas sur les épaules des petits-enfants une dette contractée pour payer des retraites et la santé. Cela affaiblit le pays, l’empêche de se préparer aux crises et lui fait perdre sa fierté.

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