Présidentielle 2027 : que changerait l’arrivée du RN au pouvoir ?

À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, le Rassemblement national apparaît comme l’une des principales forces politiques françaises et Marine Le Pen comme l’une des favorites du scrutin. Après plus d’une décennie de « dédiabolisation », le parti cherche désormais à convaincre qu’il est prêt à gouverner. Mais derrière cette normalisation persistent plusieurs interrogations majeures : constitutionnelles, économiques et institutionnelles.

Le débat ne peut plus se limiter à savoir si le RN appartient ou non à « l’extrême droite ». Selon Le Monde, qui a analysé le projet constitutionnel porté par Marine Le Pen, la candidate souhaite notamment inscrire la « priorité nationale » dans la Constitution, remettre en cause le droit du sol et recourir au référendum pour faire adopter plusieurs de ces mesures. Ces propositions posent une question désormais très concrète : quelles transformations institutionnelles entraînerait leur mise en œuvre ?

La « priorité nationale », au cœur du projet

Le premier point concerne l’immigration. Marine Le Pen veut organiser, en cas de victoire, un référendum permettant de modifier profondément la politique migratoire française et d’inscrire dans la Constitution plusieurs principes défendus depuis longtemps par son parti.

Parmi eux figure la « priorité nationale », qui donnerait aux citoyens français une priorité dans l’accès à certains emplois, logements, services publics ou prestations sociales. Le projet prévoit également de remettre en cause le droit du sol et de durcir considérablement les conditions d’entrée et de séjour des étrangers.

La difficulté est juridique. Une partie de ces mesures se heurte aux principes constitutionnels actuels, notamment au principe d’égalité devant la loi. C’est notamment pour inscrire ces mesures dans un nouveau cadre constitutionnel que Marine Le Pen envisage une révision de la Constitution par référendum.

Le choix de la procédure fait lui-même débat. Le RN envisage notamment le recours à l’article 11 de la Constitution, tandis que plusieurs constitutionnalistes considèrent que la procédure prévue pour réviser la Constitution relève de l’article 89.

L’enjeu dépasse donc largement la seule politique migratoire. Une victoire du RN pourrait rapidement ouvrir un conflit juridique et politique sur l’étendue du pouvoir présidentiel, le rôle du Conseil constitutionnel et les conditions dans lesquelles un référendum peut être utilisé pour modifier les règles fondamentales de la République.

Une équation économique encore difficile à stabiliser

Le deuxième sujet concerne les finances publiques.

Le RN cherche désormais à rassurer les entreprises et les marchés financiers sur sa capacité à gouverner une France lourdement endettée. Marine Le Pen défend notamment une « règle d’or » budgétaire visant à encadrer durablement le déficit public.

Ce positionnement marque une évolution importante pour un parti historiquement très critique envers les règles budgétaires européennes.

Le RN prévoit également un effort de réduction du déficit de l’ordre de 125 milliards d’euros sur cinq ans, soit environ 25 milliards d’euros par an. Cette volonté de discipline budgétaire intervient alors que la France doit déjà trouver plusieurs dizaines de milliards d’euros pour assainir ses finances publiques.

Mais cette stratégie doit être conciliée avec d’autres engagements politiques du parti : défense du pouvoir d’achat, remise en cause de certains éléments de la réforme des retraites et mesures fiscales favorables à certaines catégories de ménages.

Le parti a par ailleurs fait évoluer plusieurs de ses positions économiques au cours des dernières années, notamment sur les retraites et les relations avec l’Union européenne.

Le risque n’est donc pas de prédire un « effondrement économique » en cas de victoire du RN : aucune analyse sérieuse ne permet d’affirmer à l’avance un tel scénario. La question porte plutôt sur la compatibilité entre ses différentes promesses et sur leur financement.

Elle devient particulièrement sensible dans un pays dont la dette publique se situe désormais autour de 119 % du PIB et dont la situation budgétaire est étroitement surveillée par les investisseurs et les institutions européennes.

Les relations avec la presse inquiètent

Un autre sujet concerne les rapports entre le RN et les contre-pouvoirs, notamment les médias.

Les tensions se sont fortement aggravées après une enquête de Mediapart attribuant à Jordan Bardella des messages antisémites datant de 2013. Le président du RN conteste leur authenticité et a engagé des démarches judiciaires. À ce stade, il est donc nécessaire de distinguer les éléments publiés par Mediapart d’un fait définitivement établi par la justice.

Marine Le Pen a, de son côté, suggéré que les journalistes de Mediapart devraient enfiler un « costard en Kevlar », en référence à un vêtement de protection balistique.

Ces déclarations ont provoqué une réaction inhabituelle dans le paysage médiatique français. Trente-neuf sociétés de journalistes et de personnels de médias, parmi lesquels l’AFP, France Télévisions, Radio France, TF1, Le Figaro, Les Echos, Le Monde ou encore France 24, ont publiquement dénoncé ces propos, qu’elles considèrent comme une forme d’intimidation envers les journalistes.

Le sujet dépasse donc le conflit entre le RN et Mediapart. Si le parti accède au pouvoir, son rapport à la presse, aux médias publics et plus largement aux contre-pouvoirs fera nécessairement l’objet d’une attention particulière.

La « dédiabolisation » confrontée à ses limites

Marine Le Pen cherche depuis son accession à la tête du Front national en 2011 à rompre avec l’image historique du parti fondé notamment par son père, Jean-Marie Le Pen.

Cette stratégie de « dédiabolisation » a incontestablement produit des résultats électoraux. Le RN dispose aujourd’hui d’une représentation parlementaire considérable et Marine Le Pen figure parmi les principales prétendantes à la présidentielle de 2027. Mais les controverses récentes autour de Jordan Bardella replacent la transformation idéologique du parti au centre du débat.

Il faut ici encore distinguer accusation et fait établi : Bardella nie être l’auteur des messages antisémites qui lui sont attribués. Le débat porte donc à la fois sur les éléments avancés par Mediapart et sur la réaction du RN à leur publication.

Pour le parti, cette affaire constitue une tentative de déstabilisation politique. Pour ses adversaires, elle pose à nouveau la question de la profondeur réelle de la rupture entre le RN actuel et certaines composantes de l’histoire de l’extrême droite française.

Un RN beaucoup plus puissant qu’autrefois

C’est précisément ce qui distingue la présidentielle de 2027 des scrutins précédents.

Le Rassemblement national n’est plus seulement un parti protestataire situé à la périphérie du système politique. Il dispose d’un nombre important d’élus, de financements publics, d’une forte représentation parlementaire et d’une organisation structurée autour de Marine Le Pen et Jordan Bardella.

Le parti cherche également à rassurer les chefs d’entreprise et les investisseurs, a abandonné certaines de ses anciennes propositions les plus radicales — notamment la sortie de l’euro — et travaille ouvertement à préparer l’exercice du pouvoir.

Cette évolution impose aussi d’éviter les caricatures concernant son électorat. Présenter systématiquement les électeurs du RN comme racistes ou antidémocrates ne permet pas d’expliquer la progression du parti. Une partie de son électorat dit voter pour lui en raison de préoccupations liées au pouvoir d’achat, à l’immigration, à la sécurité, au fonctionnement des services publics ou au rejet des formations politiques traditionnelles.

Mais la normalisation électorale du RN ne fait pas disparaître les questions posées par son programme.

La « priorité nationale », le projet de transformation constitutionnelle, les incertitudes entourant le financement de certaines promesses économiques et les tensions avec une partie de la presse constituent des sujets concrets qui méritent d’être examinés avant l’élection.

À l’approche de 2027, le débat ne consiste donc plus seulement à déterminer si le Rassemblement national peut accéder au pouvoir. Une question beaucoup plus concrète se pose désormais : quelles seraient les conséquences institutionnelles, économiques et sociales de l’application de son programme ?

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