La situation hydrologique reste particulièrement préoccupante après plusieurs mois marqués par un important déficit de précipitations. Les sols restent très secs et, dans certains territoires, les ressources utilisées pour produire de l’eau potable sont désormais sous tension. La question n’est toutefois pas de savoir si tous les robinets pourraient soudainement se retrouver à sec, mais plutôt si les réseaux sont suffisamment préparés à la multiplication de sécheresses longues et de crises locales.
Selon Le Monde, qui a dressé le 3 octobre un état des lieux de la situation, l’approvisionnement en eau potable d’environ 1 million de personnes était encore considéré comme « en tension » au 23 septembre. Plus de 83 000 habitants dépendaient de mesures d’urgence, soit 30 % de plus qu’au début du mois, principalement des ravitaillements par camions-citernes ou des distributions de bouteilles. Environ 3 500 personnes étaient également concernées par des coupures nocturnes ou des « tours d’eau ».
Un déficit de pluie exceptionnel
En septembre, il n’est tombé qu’environ 21 millimètres de pluie en moyenne, soit un déficit proche de 70 % par rapport aux normales saisonnières. Le mois est ainsi devenu le troisième mois de septembre le plus sec depuis 1958. La chaleur a encore aggravé la situation : avec une température moyenne supérieure de 3,1 °C aux normales 1991-2020, septembre 2026 se classe également comme le deuxième mois de septembre le plus chaud depuis 1900.
Le phénomène ne se limite pas à quelques semaines particulièrement sèches. Depuis mars, aucun mois n’a enregistré à l’échelle nationale un excédent de précipitations. Avril affichait déjà un déficit d’environ 60 %, juin de 50 % et juillet de 60 %. Cette accumulation explique pourquoi l’humidité des sols a atteint en septembre un niveau exceptionnellement bas pour la saison.
Des restrictions dans presque tout le territoire
Au 10 septembre, 93 départements étaient concernés par des restrictions d’usage de l’eau dépassant le simple niveau de vigilance, dont 74 placés au niveau de crise, le degré le plus élevé du dispositif de gestion de la sécheresse. À la même période, 78 départements étaient concernés en 2025 et 46 en 2024.
Les nappes souterraines sont également fragilisées : 61 % des points d’observation présentaient à la fin de l’été des niveaux inférieurs aux normales. Cette proportion ne signifie pas que 61 % des réserves d’eau françaises ont disparu, mais que la majorité des points surveillés se situaient sous leur niveau habituel pour cette période de l’année.
Des réseaux d’eau potable déjà sous tension
La principale inquiétude concerne désormais certains réseaux locaux. Dans plusieurs territoires, la baisse des ressources oblige les collectivités à chercher de nouvelles sources d’approvisionnement, à connecter différents réseaux ou, dans les situations les plus difficiles, à organiser des distributions d’eau. En Ille-et-Vilaine, le syndicat Eau du pays de Saint-Malo estimait début octobre disposer d’environ 60 jours de réserves, tandis que l’un de ses quatre barrages était déjà à sec depuis plusieurs semaines.
Ces situations ne signifient pas qu’une pénurie générale d’eau potable est imminente. La vulnérabilité varie fortement selon les territoires, leurs nappes, leurs rivières, leurs barrages et surtout leur capacité à interconnecter différents réseaux. Une commune disposant de plusieurs ressources peut ainsi mieux résister à une sécheresse prolongée qu’un territoire dépendant d’une seule réserve.
Pourquoi la pluie ne règle pas immédiatement le problème
Quelques épisodes pluvieux importants ne suffisent pas nécessairement à reconstituer les réserves. Lorsque les sols sont très secs ou que les précipitations sont particulièrement intenses, une partie importante de l’eau peut ruisseler vers les cours d’eau au lieu de s’infiltrer progressivement jusqu’aux nappes souterraines.
L’automne et l’hiver deviennent donc déterminants. Durant cette période, la végétation consomme moins d’eau et les précipitations peuvent davantage contribuer à la recharge des nappes. Si les pluies restent insuffisantes pendant plusieurs mois, certains territoires pourraient commencer 2027 avec des ressources déjà affaiblies.
Sommes-nous réellement prêts ?
Les chiffres ne permettent pas d’affirmer qu’une pénurie nationale d’eau potable est imminente. Ils montrent en revanche que les difficultés d’approvisionnement ne sont plus seulement théoriques : des dizaines de milliers de personnes ont déjà dépendu de dispositifs exceptionnels et plusieurs milliers ont été confrontées à des interruptions temporaires de distribution.
La question dépasse donc la sécheresse actuelle. Elle concerne la capacité des infrastructures, des collectivités et des politiques de gestion de l’eau à supporter des périodes sèches plus longues. Après plusieurs mois de déficit pluviométrique, l’enjeu n’est plus seulement d’attendre le retour de la pluie : il s’agit de savoir si notre système d’approvisionnement en eau est suffisamment préparé lorsque celle-ci vient à manquer.
