Dans les Pyrénées-Orientales, le cinéma municipal d’Elne ne porte plus le nom du réalisateur René Vautier. Le maire Steve Fortel a décidé de rebaptiser l’établissement « La Bobine illibérienne », jugeant l’ancien nom trop politique. Cette décision a provoqué une mobilisation dans le monde du cinéma français. Plus d’une centaine de salles ont affiché symboliquement le nom du cinéaste pour protester contre ce changement.
Selon Télérama, le conseil municipal a validé cette décision le 22 septembre 2026. Steve Fortel, élu en mars et classé à l’extrême droite par la préfecture, affirme vouloir rendre les équipements municipaux politiquement neutres. Cependant, ses opposants estiment que le retrait du nom de René Vautier constitue lui-même un choix politique.
Pourquoi le maire d’Elne a changé le nom du cinéma
Le cinéma portait le nom de René Vautier depuis son ouverture en 2005. Avec l’arrivée de la nouvelle municipalité, son identité et son fonctionnement ont été revus.
Steve Fortel a choisi le nom « La Bobine illibérienne », en référence aux habitants d’Elne, appelés les Illibériens. Selon la mairie, cette appellation doit permettre de rassembler les habitants autour d’un lieu culturel sans référence partisane.
Le maire reproche notamment à René Vautier son engagement auprès du Front de libération nationale (FLN) pendant la guerre d’indépendance de l’Algérie. Lors du conseil municipal, il a indiqué qu’il pourrait également retirer d’autres noms de lieux publics associés à des personnalités ayant soutenu le FLN. Cette position a suscité des critiques parmi les élus d’opposition. Ils considèrent que la décision touche directement à la mémoire historique et culturelle de la commune.
Qui était René Vautier et pourquoi son nom suscite un débat
Né en 1928 et mort en 2015, René Vautier était un réalisateur français connu pour son cinéma engagé. Ancien résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, il a ensuite consacré une grande partie de son œuvre aux questions coloniales et aux conflits politiques.
Son film Afrique 50, réalisé en 1950, dénonçait les réalités de la colonisation française. Il a également réalisé Avoir vingt ans dans les Aurès, sorti en 1972, qui raconte l’expérience de soldats français pendant la guerre d’Algérie. Le cinéaste a soutenu la lutte pour l’indépendance algérienne, notamment aux côtés du FLN. Cet engagement fait partie de son parcours et explique les divergences actuelles autour de son héritage.
Pour ses défenseurs, René Vautier représente une figure importante du cinéma documentaire et de la liberté d’expression. Ses détracteurs peuvent, à l’inverse, contester ses engagements politiques sans nécessairement remettre en cause l’ensemble de son travail artistique.
Plus de cent cinémas français se mobilisent
La réaction du secteur cinématographique ne s’est pas limitée aux Pyrénées-Orientales. Le vendredi 2 octobre, plus d’une centaine de salles françaises ont temporairement adopté le nom de René Vautier.
Cette initiative a été soutenue par plusieurs organisations professionnelles, dont la Société des réalisatrices et réalisateurs de films, l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion et l’Association française des cinémas d’art et d’essai. Les participants souhaitaient défendre la mémoire du réalisateur et exprimer leur inquiétude face à l’intervention des élus dans la vie culturelle. La mobilisation a pris différentes formes, notamment l’affichage du nom de René Vautier sur les façades des cinémas.
La gestion du cinéma municipal également contestée
Le changement de nom s’accompagne d’une réorganisation de l’établissement. La municipalité a décidé de reprendre directement sa gestion, auparavant assurée avec l’association Cinémaginaire.
Steve Fortel présente cette évolution comme un moyen de relancer la fréquentation du cinéma. Il évoque notamment une moyenne de neuf billets vendus par séance et le coût du soutien municipal.
Cependant, la nouvelle organisation a soulevé une autre controverse. La société L’Yre Cinémas, sollicitée pour assurer la programmation, a finalement refusé de signer la convention proposée. Ses responsables ont contesté une clause donnant au maire un droit de regard sur la programmation en dernier recours. Cette disposition a renforcé les inquiétudes concernant l’indépendance artistique de la salle.
Une polémique qui dépasse les frontières d’Elne
L’affaire soulève une question plus large sur le rôle des collectivités dans la gestion des équipements culturels. Les municipalités financent de nombreux cinémas, mais les professionnels défendent leur liberté de programmation.
Les élus disposent de compétences pour organiser les services publics locaux et définir leurs priorités budgétaires. Toutefois, les choix concernant les œuvres diffusées peuvent provoquer des tensions lorsqu’ils reposent sur des considérations politiques.
À Elne, le cinéma a rouvert le 2 octobre sous sa nouvelle appellation. Le changement de nom reste néanmoins contesté par une partie des professionnels et des habitants. Au-delà de cette commune, la mobilisation montre combien les noms des lieux culturels peuvent devenir des sujets de débat sur l’histoire, la mémoire et la liberté de création.
