Rohan Rane, un ressortissant indien de 29 ans, a été condamné vendredi 9 octobre 2026 à vingt ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Paris. Cet ancien étudiant installé à Antibes dirigeait un groupe en ligne impliqué dans des violences sexuelles et des actes de torture imposés à des adolescentes. Le verdict intervient après cinq jours d’audience à huis clos, dans une affaire particulièrement préoccupante pour la protection des mineurs sur Internet.
Selon l’AFP, l’accusé a été reconnu coupable de plusieurs crimes et délits, notamment d’extorsion accompagnée d’actes de torture et de barbarie. Le ministère public avait requis trente ans de réclusion criminelle. Une vingtaine de victimes ont été identifiées au cours de l’enquête, principalement aux États-Unis.
Rohan Rane dirigeait un groupe violent sur Discord
Le condamné administrait une communauté appelée « CVLT », active sur la plateforme Discord. Ce groupe rassemblait des hommes de plusieurs nationalités, liés par une fascination pour la violence et des références à des idéologies extrémistes.
Les enquêteurs ont établi que les membres du réseau recherchaient des adolescentes vulnérables sur Internet. Après avoir obtenu des images intimes, ils utilisaient le chantage pour imposer de nouvelles exigences aux victimes.
Les jeunes filles subissaient ainsi des pressions pour accomplir des actes sexuels et se blesser devant une caméra. Certaines vidéos étaient ensuite diffusées au sein du groupe, renforçant les mécanismes d’humiliation et de domination.
Des adolescentes victimes de chantage et de violences sexuelles
Les victimes étaient majoritairement mineures au moment des faits. Certaines avaient moins de 15 ans, tandis que la plus jeune victime identifiée dans le dossier était âgée de 12 ans.
Les documents judiciaires décrivent un système de coercition reposant sur les menaces et l’exploitation d’images personnelles. Les victimes craignaient notamment que leurs proches découvrent les contenus détenus par leurs agresseurs. Par ailleurs, les enquêteurs ont relevé des motivations racistes, antisémites et misogynes au sein de cette communauté. Plusieurs adolescentes étaient ciblées en raison de leur origine, de leur religion ou de leur engagement supposé.
Un procès exceptionnel organisé à huis clos
Le procès s’est déroulé à Paris pendant cinq jours, sans accès du public aux débats. Cette décision visait notamment à protéger les victimes et à éviter de nouvelles intimidations. En effet, les autorités américaines avaient signalé des menaces visant des victimes, des témoins et des représentants de la justice. La cour a donc limité la publicité des audiences, même si les parties civiles souhaitaient également sensibiliser le public à ces pratiques.
Six victimes se sont constituées parties civiles, selon les comptes rendus français du procès. Leur avocat, Me Hippolyte Marquetty, a souligné les conséquences durables des violences subies.
Une enquête internationale ouverte après un signalement américain
L’affaire a commencé à prendre forme en novembre 2020, après un signalement du National Center for Missing and Exploited Children. Cette organisation américaine avait repéré des contenus révélant des violences imposées à une enfant.
Les investigations ont ensuite conduit les enquêteurs jusqu’à Rohan Rane, installé à Antibes. Il a été interpellé en 2021, à la suite d’échanges entre les autorités américaines et françaises.
les États-Unis souhaitent également juger le condamné pour des faits relevant de leur compétence. Son éventuelle remise aux autorités américaines devra toutefois intervenir dans le cadre des procédures judiciaires applicables.
Les réseaux nihilistes violents inquiètent les autorités
L’affaire dépasse le seul fonctionnement d’un groupe Discord. Elle met en lumière des communautés numériques internationales où la violence devient un moyen d’obtenir une reconnaissance et d’exercer un pouvoir sur autrui.
Les enquêteurs associent certains de ces réseaux à une mouvance qualifiée d’« extrémisme violent nihiliste ». Ses membres peuvent mêler fascination pour les crimes, références néonazies et exploitation sexuelle des mineurs. Cependant, les spécialistes soulignent que les références idéologiques ne suffisent pas à expliquer tous les comportements. La recherche de domination, la manipulation et la compétition entre membres jouent également un rôle important.
L’association ECPAT 360, engagée dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants, appelle à une vigilance accrue face à ces communautés. Elle insiste notamment sur la responsabilité des plateformes dans la détection des contenus dangereux.
Une condamnation qui souligne les risques de la sextorsion
La condamnation de Rohan Rane constitue une étape importante dans la réponse judiciaire française à ces réseaux. Elle montre que des violences imposées à distance peuvent donner lieu à des poursuites criminelles particulièrement lourdes. Toutefois, les investigations internationales se poursuivent contre d’autres membres de communautés similaires. Les autorités cherchent notamment à identifier les victimes et à empêcher la circulation de contenus issus de leur exploitation.
Cette affaire rappelle enfin que le chantage numérique peut avoir des conséquences physiques et psychologiques graves. La coopération entre plateformes, associations et services d’enquête reste donc essentielle pour protéger les mineurs.
