Un nouveau réseau social européen doit ouvrir ses portes le 28 septembre 2026 avec une ambition clairement affichée. Baptisé Epsilon, le projet veut proposer une alternative aux grandes plateformes américaines et chinoises. Ses fondateurs promettent notamment de limiter les mécanismes conçus pour retenir artificiellement l’attention des utilisateurs.
Selon Le Point, le projet est porté notamment par Stéphane Dubreuil et se présente depuis plusieurs mois comme une réponse européenne aux géants du numérique. Epsilon met en avant des technologies européennes, le respect du cadre réglementaire de l’Union et une infrastructure pensée autour de la souveraineté numérique. Toutefois, sa capacité à attirer durablement un large public reste encore à démontrer.
Epsilon promet un réseau social sans mécanismes addictifs
Epsilon construit une grande partie de son positionnement autour du fonctionnement des algorithmes. La plateforme affirme vouloir éviter les systèmes qui favorisent artificiellement l’engagement, la polémique ou le temps passé devant l’écran.
Elle promet également l’absence de traqueurs publicitaires et de profilage commercial. De plus, ses responsables assurent que les données personnelles ne seront pas revendues. Les utilisateurs doivent conserver davantage de contrôle sur les contenus affichés dans leur fil.
Il convient néanmoins de distinguer ces engagements des résultats réels. À quelques jours du lancement, il s’agit principalement de caractéristiques annoncées par Epsilon. Leur fonctionnement pourra être évalué plus précisément lorsque la plateforme sera accessible à grande échelle.
Le projet prévoit par ailleurs un classement des publications selon les préférences choisies par l’utilisateur. Ainsi, Epsilon ne promet pas l’absence totale d’algorithmes. Il affirme plutôt vouloir écarter les mécanismes qu’il considère comme manipulateurs ou destinés à maximiser l’addiction.
Un réseau social européen basé sur un écosystème ouvert
Epsilon veut également se distinguer par son architecture. Stéphane Dubreuil indique que le service s’inscrit dans l’écosystème de l’« Open Social Web ». Il s’appuie notamment sur les technologies associées au Fediverse et à Mastodon.
Cette orientation doit favoriser l’interopérabilité. En principe, un environnement ouvert permet aux utilisateurs de communiquer entre différents services compatibles. Il peut aussi réduire leur dépendance envers une seule plateforme.
Par ailleurs, Epsilon affirme vouloir conserver les données au sein de l’Union européenne. Le projet met donc en avant le respect du Règlement général sur la protection des données, le RGPD. Il entend faire de cette localisation un argument face aux grandes plateformes internationales.
La modération constitue un autre élément important. Le projet prévoit une première analyse automatisée des contenus par intelligence artificielle. Cependant, une intervention humaine est annoncée pour les situations sensibles ou lorsque le système rencontre un doute.
La souveraineté numérique devient un enjeu européen
Le lancement intervient dans un contexte favorable au débat sur l’autonomie numérique européenne. Les grandes plateformes sociales utilisées dans l’Union restent majoritairement contrôlées par des groupes étrangers.
Cette dépendance alimente des discussions sur la protection des données, la désinformation et la conception des plateformes. En outre, les mécanismes susceptibles de favoriser une utilisation excessive des réseaux sociaux préoccupent désormais plusieurs gouvernements européens.
Le 20 septembre, Emmanuel Macron a ainsi participé à une réunion européenne consacrée à la protection des mineurs sur les réseaux sociaux. L’objectif affiché consiste notamment à renforcer les obligations imposées aux grandes plateformes.
La Commission européenne travaille également sur ces questions. Dans son discours sur l’état de l’Union du 16 septembre, Ursula von der Leyen a annoncé un futur règlement sur l’équité numérique. Elle a notamment cité les risques liés aux fonctionnalités addictives.
En mars, la Commission avait par ailleurs enregistré une initiative citoyenne demandant la création d’un réseau social public européen. Cette initiative est indépendante d’Epsilon. Cependant, elle montre que la question d’une alternative européenne dépasse désormais le cadre d’un seul projet privé.
Epsilon devra maintenant convaincre les utilisateurs
Le principal défi commencera donc après le lancement du 28 septembre. Un réseau social dépend fortement du nombre et de l’activité de ses utilisateurs. Sans communauté suffisamment large, même une plateforme techniquement solide peut avoir du mal à s’installer.
Epsilon devra aussi financer son développement. Stéphane Dubreuil évoquait auparavant un besoin de plusieurs dizaines de millions d’euros pour construire une alternative européenne capable de changer d’échelle. Le projet s’appuie sur des fonds propres et des investisseurs privés.
Enfin, l’ouverture et la modération devront trouver un équilibre. Epsilon promet un espace moins dépendant de la viralité tout en souhaitant conserver des échanges actifs. Cette équation sera déterminante pour son développement.
Le 28 septembre marquera donc surtout le début d’un test grandeur nature. Epsilon devra montrer qu’un réseau social européen peut transformer les principes de souveraineté, d’interopérabilité et de contrôle des données en une expérience capable de retenir durablement les utilisateurs.
