Oscars 2027 : pourquoi la France a-t-elle choisi le Russe Andreï Zviaguintsev plutôt qu’un réalisateur français ?

La France sera représentée aux Oscars 2027 par « Minotaure », un film d’Andreï Zviaguintsev. Le choix attire l’attention pour une raison simple : le cinéaste est russe, tandis que quatre réalisateurs français figuraient également parmi les cinq finalistes. Derrière cette décision se pose donc une question plus large : que signifie aujourd’hui représenter le cinéma français à Hollywood ?

Selon le Centre national du cinéma, une commission de onze professionnels a retenu « Minotaure » le 16 septembre. Le film était en concurrence avec « La Bataille De Gaulle – L’Âge de fer » d’Antonin Baudry, « Le Corset » de Louis Clichy, « La Gradiva » de Marine Atlan et « L’Inconnue » d’Arthur Harari. Quatre réalisateurs français ont donc été écartés au profit du cinéaste russe. 

Pourquoi « Minotaure » plutôt qu’un cinéaste français ?

C’est la principale question soulevée par cette sélection. La catégorie s’appelle « meilleur film international », mais chaque pays choisit lui-même l’œuvre qui le représentera.

Or, dans le cas français, la commission disposait de plusieurs candidatures réalisées par des cinéastes français. Elle a néanmoins retenu celle de Zviaguintsev.

Le CNC présente ce choix comme le résultat d’un processus indépendant. Avant la décision finale, la commission a auditionné les producteurs et vendeurs internationaux des cinq films. Les distributeurs américains pouvaient également participer lorsqu’un film en disposait. 

Cependant, le détail des délibérations n’est pas rendu public dans le communiqué annonçant le résultat. Il est donc impossible d’établir précisément quel critère a fait pencher la balance en faveur de « Minotaure ».

Un film français par son financement plus que par son réalisateur

Sur le plan industriel, « Minotaure » possède toutefois de solides attaches françaises. Il est produit par CG Cinéma et MK2 Productions. Il a également reçu une aide du CNC et un soutien dans le cadre de la coproduction franco-allemande. 

Sa distribution en France revient aux Films du Losange. MK2 Films gère, par ailleurs, ses ventes internationales.

C’est donc notamment par son système de production que « Minotaure » entre dans le périmètre du cinéma français.

Cette situation met en évidence deux conceptions différentes. La première considère qu’un film représente un pays par son réalisateur, sa langue ou son identité culturelle. La seconde s’appuie davantage sur sa production, son financement et les professionnels qui l’ont rendu possible.

Le CNC assume une conception internationale du cinéma français

Le président du CNC, Gaëtan Bruel, a lui-même insisté sur la dimension internationale du choix. L’institution estime que la sélection illustre la place de la France dans les grandes coproductions mondiales. 

Le CNC ne cache pas non plus l’objectif compétitif de la sélection. Son président explique vouloir maximiser les possibilités de succès du candidat français. « Minotaure » arrive avec un avantage notable : il a déjà remporté le Grand Prix du Festival de Cannes 2026. 

La question devient alors différente. La commission doit-elle sélectionner l’œuvre qui incarne le mieux la création nationale ou celle qu’elle estime la mieux placée dans une compétition internationale ? Les deux objectifs ne sont pas nécessairement identiques.

Andreï Zviaguintsev reste un cinéaste russe

La sélection française ne change pas la nationalité ni le parcours artistique de Zviaguintsev. Le CNC lui-même le présente comme un réalisateur russe. 

« Minotaure » est également consacré à la société russe. Le film aborde un drame familial sur fond de guerre contre l’Ukraine et de mobilisation militaire. Le tournage s’est déroulé en Lettonie avec une partie de l’équipe russe en exil. 

Il serait toutefois trompeur d’assimiler pour autant cette candidature à une représentation officielle de la Russie. Zviaguintsev est un cinéaste russe en exil, et son film porte un regard critique sur la Russie contemporaine. 

Cette distinction compte, mais elle ne fait pas disparaître la question initiale.

Que signifie « représenter la France » aux Oscars ?

Le débat dépasse finalement le cas personnel de Zviaguintsev. Il concerne la définition même du cinéma national à une époque où les films sont souvent financés, produits et distribués entre plusieurs pays.

« Minotaure » est lié à l’industrie française, mais son réalisateur est russe et son sujet regarde vers la Russie. Dans le même temps, quatre réalisateurs français avaient atteint la dernière étape de la sélection. 

La commission a fait son choix dans le cadre des règles existantes. Ces règles et la procédure du CNC permettent bien à « Minotaure » de concourir sous bannière française. 

Mais l’éligibilité juridique ne répond pas entièrement à la question culturelle.

Un pays doit-il envoyer aux Oscars le film le plus compétitif produit par son industrie, ou celui qui représente le plus directement sa création nationale ?

Avec « Minotaure », la France a choisi la première logique. Et c’est précisément ce choix, davantage que la nationalité de Zviaguintsev prise isolément, qui peut nourrir le débat autour de la sélection française.

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