Jour férié, défilés syndicaux, brins de muguet : le 1er-Mai occupe une place particulière dans le calendrier français. Pourtant, cette date ne relève pas d’une simple tradition. Selon Le Monde, elle vient de près de 140 ans de luttes sociales, d’abord menées pour réduire le temps de travail.
À la fin du XIXe siècle, les ouvriers d’Europe et d’Amérique du Nord réclament la journée de huit heures. À l’époque, beaucoup travaillent encore dix à douze heures par jour. En 1889, la Deuxième Internationale, réunie à Paris, choisit une date commune de mobilisation. Elle retient le 1er mai, en lien avec l’appel des syndicats américains pour 1890.
En France, la date s’impose progressivement. Les mobilisations restent inégales au départ. Mais la répression de Fourmies, en 1891, marque durablement les esprits : l’armée tire sur la foule et tue neuf personnes. Le 1er mai 1906 donne ensuite une nouvelle force au mouvement. La CGT prépare une grande mobilisation, Paris place 45 000 soldats dans les rues, et la grève générale prend une ampleur majeure.
Le Front populaire renforce encore le symbole en 1936. Puis l’État encadre peu à peu cette journée. En 1919, le Sénat ratifie la journée de huit heures et accorde un 1er mai chômé. En 1941, le régime de Vichy en fait une fête officielle. Après la Libération, la République reprend la mesure : la loi consacre définitivement le 1er-Mai comme jour férié en 1948.
Aujourd’hui, le débat continue. Le code du travail limite l’activité aux secteurs qui ne peuvent pas s’arrêter, comme les hôpitaux ou certains hôtels. Les salariés concernés touchent une double rémunération. Mais le gouvernement veut assouplir les règles pour les boulangers et les fleuristes. Derrière cette question pratique se joue un symbole : celui d’un repos conquis par les luttes sociales, que chaque réforme vient redéfinir.
