Virgin veut concurrencer Eurostar : le groupe britannique prépare son retour sur le marché français

Le groupe britannique Virgin prépare son entrée sur le marché des trains à grande vitesse reliant le Royaume-Uni à l’Europe continentale. L’entreprise entend concurrencer Eurostar, qui exploite actuellement les liaisons ferroviaires passant par le tunnel sous la Manche, et prévoit de lancer ses premiers services d’ici 2030.

Le projet prévoit 13 allers-retours quotidiens entre Londres et Paris. Selon les estimations du groupe, cette offre représenterait environ 4,75 millions de places supplémentaires par an. Virgin souhaite également assurer quatre allers-retours par jour vers Bruxelles et trois vers Amsterdam, rapporte France 24.

Le directeur général du groupe, Josh Bayliss, a présenté ces ambitions lors d’un déplacement à Paris, où il s’est entretenu avec le ministre des Transports, Philippe Tabarot, et a répondu aux questions des journalistes. Pour Virgin, il s’agit d’une étape majeure dans la perspective d’un retour en France après une longue période d’absence.

Virgin prépare progressivement son arrivée sur les lignes internationales

Le groupe a déjà obtenu de l’autorité britannique de régulation ferroviaire, l’ORR, une autorisation d’exploitation des services passant par le tunnel sous la Manche jusqu’en 2040. Les conditions initiales permettent d’envisager jusqu’à 20 allers-retours par jour.

Virgin a également conclu un accord concernant l’installation de ses futurs trains au dépôt ferroviaire de Temple Mills, situé à proximité de la gare londonienne de St Pancras. Cette implantation doit permettre d’entretenir et de stationner les rames près des infrastructures utilisées par Eurostar.

Le groupe compte s’appuyer sur son expérience du marché britannique. Pendant plus de vingt ans, il a exploité l’une des principales lignes ferroviaires du pays, la West Coast Main Line, avant de perdre sa licence d’exploitation en décembre 2019.

L’autorisation d’utiliser le tunnel ne garantit toutefois pas, à elle seule, le lancement des services. Virgin doit encore franchir plusieurs étapes réglementaires et démontrer sa capacité à assurer une exploitation sûre et fiable.

Des trains Alstom pour un investissement estimé à 650 millions d’euros

Une étape importante a été franchie avec l’annonce d’un accord avec le constructeur français Alstom portant sur l’acquisition de 12 trains à grande vitesse Avelia Stream. Selon Josh Bayliss, l’accord a été signé le 18 septembre et représente environ 650 millions d’euros.

Le communiqué officiel d’Alstom évoque néanmoins un accord stratégique portant sur la fourniture de trains, sans confirmer qu’un contrat définitif assorti d’un paiement a été entièrement finalisé. La réalisation de l’achat pourrait donc encore dépendre des prochaines décisions concernant le projet.

Pour Alstom, cette coopération marquerait la reprise de ses relations avec Virgin. Le constructeur français avait déjà fourni au groupe britannique des trains Pendolino.

Virgin a également dévoilé le design de ses futures rames, avec une livrée rouge et noire et un logo blanc. L’entreprise entend privilégier le confort et la qualité du service plutôt que de miser uniquement sur les tarifs les plus bas.

Plus d’espace et le Wi-Fi plutôt qu’une stratégie low cost

Virgin promet des voitures plus spacieuses, davantage de place pour les bagages et un accès à Internet grâce au système satellitaire Starlink. Les modalités techniques de son intégration restent toutefois à préciser.

« Nous ne sommes pas Ryanair », a déclaré Josh Bayliss pour expliquer le positionnement du groupe face à la concurrence. L’objectif, selon lui, est de proposer un niveau de service supérieur à des prix plus accessibles.

L’entreprise accorde également une attention particulière aux formalités frontalières, devenues plus complexes après le Brexit. Virgin espère que la modernisation de la gare du Nord, à Paris, et le recours à de nouvelles technologies, notamment la reconnaissance faciale, permettront d’accélérer les contrôles.

Plusieurs autorisations restent nécessaires avant le lancement

Virgin et les autres entreprises souhaitant exploiter des services dans le tunnel sous la Manche doivent soumettre leurs candidatures à l’opérateur Getlink avant le 19 octobre. La compagnie ferroviaire italienne Trenitalia a également manifesté son intérêt pour ce marché.

Une autre étape consistera à faire approuver les itinéraires par SNCF Réseau, gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire française. En parallèle, le futur opérateur devra démontrer qu’il respecte les exigences de sécurité et de fiabilité.

Les risques financiers restent importants. Josh Bayliss a reconnu que le groupe s’attendait à enregistrer des pertes au démarrage, mais prévoit d’atteindre la rentabilité dans un délai maximal de cinq ans après le lancement des services.

Virgin ne cherche donc pas seulement à ouvrir de nouvelles lignes : le groupe entend modifier l’équilibre concurrentiel sur l’un des principaux axes ferroviaires européens. La réussite du projet dépendra de la finalisation de l’achat des trains, de l’accès aux infrastructures et de la capacité de l’entreprise à proposer une alternative à Eurostar en matière de prix et de qualité de service.

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